Al-Munqid Min Addalal – Al- Ghazali

Al-Munqid Min Addalal – Al- Ghazali

La Révélation ou “wahy”

 

a- Définition de Révélation :

Révélation : linguistiquement signifie l’information discrète et éclaire. On dit habituellement : on a inspiré untel quand on lui parle discrètement et brièvement d’une chose.
Parmi ses sens étymologiques, l’on trouve également :
Ø L’inspiration instinctive de l’homme : Dieu a dit à ce propos : « Et nous avons inspiré à la mère de Moïse de l’allaiter… » (les contes, 7). Certains savants musulmans la considèrent avec la vierge Marie comme prophétesse.
Ø L’inspiration instinctive de l’animal : aux abeilles Dieu à dit : « et ton seigneur a inspiré aux abeilles de prendre les montagnes en demeures ainsi que les arbres et ce qu’ils (les hommes) construisent… » (les Abeilles, 68).
Ø L’allusion (implicite) : concernant ce sujet Dieu a relaté sur Zacharie : « dès qu’il est sorti de son temple il leur a inspiré (fait signe) de glorifier Dieu matin et soir. » (Marie, 11).
Ø L’inspiration satanique : à l’homme Satan inspire des idées, Dieu dit : « certes, les diables inspirent à leurs amis de polémiquer avec vous… » (les Bestiaux, 121).
Ø L’inspiration divine : Dieu inspire aux anges des ordres, c’est pourquoi Dieu dit : « et lorsque ton seigneur inspire aux anges : je suis avec vous confirmez ceux qui ont cru… » (Le Butin 12).
Quant au sens juridique : le wahy est la révélation de la parole de Dieu à l’un de ses prophètes de manière discrète, éclaire et extraordinaire.

b- catégories de révélation aux prophètes :

Ø Par l’intermédiaire de Gabriel : comme dans le cas des quatre prophètes résolus ; Noé, Abraham, Moïse, Jésus et Muhammad, (que Dieu les bénissent).
Ø Sans intermédiaire : comme
o         La vision pendant le sommeil : Aïcha rapporte : « que le premier signe de la révélation au prophète fut la vision authentique dans le sommeil, car il ne voyait pas un événement qui ne se réalisait pas comme l’éclat de l’aube. » (fath al-bârî, 3). « aucun homme n’a de privilège d’accéder à la parole de Dieu que par révélation, derrière un voile ou par l’envoi d’un messager (ange intermédiaire) pour révéler par sa permission ce qu’il veut, il est certes très haut et sage. » (La Concertation 51)
o        La communication divine de derrière un voile : Dieu a dit : « et Dieu a vraiment parlé à Moïse. » (Les Femmes, 164).
o        La communication directe sans intermédiaire : comme durant la nuit de l’ascension du prophète. (fath al-bârî, 1/19).
 
c- comment Gabriel descendait au prophète :

Il existe plusieurs cas qui montrent la présence de l’ange au prophète :
Cas premier : le signe de la cloche, qui constitue la situation la plus difficile pour le prophète car durant laquelle il entre dans une dimension suprême pour lui permettre d’accueillir la parole divine. (fath al-bârî, 1/20).

Cas second : l’apparition de l’ange sous la forme humaine. Cette situation est moins difficile pour le prophète, car la métamorphose s’opère dans l’ange pour passer de la position spirituelle à la matérielle. C’est dans la forme d’un compagnon qui se nomme Dihya Al-Kalbî ou d’un bédouin que l’ange venait au prophète. (Fath al-bârî, 1/19).
Aicha l’honorable épouse du prophète a rapporté qu’Al-Hârith Ibn Hichâm demandât au prophète : « Ô prophète comment reçois-tu la Révélation ? Et le prophète de répondre : il m’arrive parfois comme le bruit d’une cloche qui m’est le plus difficile, mais dès qu’il disparaît je retiens l’enseignement, d’autres fois l’ange me vient sous la forme d’un homme qui me parle et que je comprends… » (fath al-bârî, 2).

Cas troisième : l’inspiration dans le cœur : le prophète dit à ce sujet : « L’esprit saint m’a inspiré qu’aucune âme ne mourra avant d’épuiser son gain…».

Cas quatrième : le bourdonnement des abeilles : en effet, ‘Umar a dit : « Lorsque le prophète reçoit la révélation, on entendait près de son visage un bourdonnement comme celui des abeilles. »

d- l’influence de la révélation sur le prophète :

Selon Ibn ‘Abbâs les circonstances du verset : « Ne remue pas ta langue et ne te précipite pas à son sujet (le Qur’âne)…» (La Résurrection, 16), sont le fait que le prophète bougeait sa langue après Gabriel pour mémoriser le Qur’âne. Mais dès que Dieu lui a ordonné d’écouter uniquement et dès que le prophète ait obéit, il a réussi à réciter ce que lui apprenait Gabriel dès son départ. »
Parmi les signes de cette influence, ce qu’a rapporté Zayd Ibn Thâbit : « Lorsque la révélation arrivait sur le prophète, son corps s’alourdissait énormément à tel point de sentir sa cuisse écraser la mienne. »
Selon Zayd Ibn Thâbit également : le mal voyant Ibn Umm Maktûm arriva et dit : « ô prophète si seulement j’étais capable de combattre à tes cotés ! Soudainement la révélation tombe : « ils ne sont pas égaux ceux qui sont en repos, sauf les malades, et les combattants dans le chemin de Dieu. »(Les Femmes, 95), j’ai senti ma cuisse écrasée par celle du prophète. Disait Zayd ».
Aïcha rapporte que : « Lorsque le prophète reçoit la révélation et qu’il est sur sa chamelle, elle s’agenouillait sous la force de la parole de Dieu. ».

par Tahar Mahdi (taharmahdi.free.fr)

Apostolat – 5 – La finalité de l’apostolat

Ceci nous amène à la question de la finalité de l’apostolat que nous allons maintenant considérer. Nous avons déjà discuté de la nature de l’apostolat, et cette discussion met en évidence le fait que l’arrivée d’un prophète ne soit pas un événement quotidien. Ce n’est pas non plus sa présence In personem qui est essentielle pour chaque pays, chaque peuple, chaque période. La vie et les enseignements des prophètes sont les phares qui guident un peuple dans le Droit Chemin, et aussi longtemps que ses enseignements et ses directives sont vivants, il est lui aussi, en quelque sorte, vivant. La mort véritable d’un prophète consiste non pas en son décès physique, mais dans la mitigation de ses enseignements et l’interpolation dans ses directives. Les prophètes anciens sont morts car leurs disciples ont adultéré leurs enseignements, interpolé leurs instructions et entaché leur vie exemplaire en y attachant des événements fictifs. Aucun des anciens livres – la Thora, Zabour (le Psautier de David), Injîl (l’Evangile de Jésus) n’existent aujourd’hui dans leur texte originel, et même leurs disciples confessent qu’ils ne possèdent pas les originaux. Les biographies des anciens prophètes sont tellement mêlées de fiction qu’un rapport précis et authentique de leurs vies est devenu impossible. Leurs vies sont devenues des contes et des légendes et on ne peut en trouver nulle part un rapport digne de foi. Non seulement parce que les récits en ont été perdus et leurs préceptes oubliés, mais parce qu’on ne peut même pas dire avec certitude quand et ou tel ou tel prophète naquit et fut élevé, comment il vécut et quel code il donna à l’humanité. En fait, la mort réelle d’un prophète consiste en la mort de ses enseignements. En jugeant les faits sur ces critères, personne ne peut nier que Mohammad (pbAsl) et ses enseignements ne soient vivants. Ses enseignements sont inaltérés et inaltérables. Le Qur’âne – le livre qu’il a donné à l’humanité – existe dans son texte originel sans qu’il y manque un iota. Le récit complet de sa vie (ses paroles, ses instructions, ses actions), est conservé avec une exactitude totale, et bien que quatorze siècles se soient écoulés, sa délinéation dans l’histoire est si claire qu’il nous semble le voir de nos propres yeux. La biographie d’aucun être humain n’a été aussi bien conservée que celle de Mohammad le prophète de l’islam (pbAsl). Dans toutes les phases de notre vie, nous pouvons chercher les directives de Mohammad (pbAsl) et prendre exemple sur sa vie. C’est pourquoi il n’y a plus besoin d’autre prophète après Mohammad, le dernier des prophètes (pbAsl). Il existe trois raisons pour lesquelles les prophètes furent suscités. Ce n’est pas seulement pour remplacer un prophète décédé. Ces raisons peuvent être résumées comme suit: a) La doctrine des prophètes antérieurs a été interpolée ou corrompue, ou bien ils sont morts et un renouveau s’impose. Dans un tel cas, un nouveau prophète est suscité pour expurger les vies impures des gens, et restituer à la religion sa forme et sa pureté primitives. b) La doctrine du prophète disparu était incomplète, il est nécessaire de l’amender, do l’améliorer ou de la compléter. C’est alors qu’un nouveau prophète est envoyé pour effectuer ces amendements. c) Le prophète précédent fut suscité spécialement pour telle ou telle nation ou territoire, et un prophète est nécessaire pour un autre peuple ou un autre pays [Il peut y avoir un autre cas ou un prophète est suscité pour aider un autre prophète - comme Aaron pour Moïse - mais comme ces cas sont extrêmement rares - dans le Qur'âne on peut en trouver deux seulement - et comme ce genre d'apostolat semble avoir été l'exception et non la règle générale, nous n'en avons pas fait un cas à part]. Ce sont les trois raisons fondamentales qui font qu’un nouveau prophète est suscité. Un examen attentif des faits montre qu’aucune de ces conditions n’existe aujourd’hui. La doctrine du dernier des prophètes, Mohammad (pbAsl) est toujours vivante, a été parfaitement conservée, et rendue immortelle. Les directives qu’il a données à l’humanité sont complètes, sans faille, et sont inscrites dans le saint Qur’âne. Toutes les sources de l’islam sont intactes et chacune des actions et des instructions du saint Prophète peuvent être vérifiées sans doute possible. Donc, comme sa doctrine est intacte, il n’y a nul besoin d’un nouveau prophète. Deuxièmement, les directives que Dieu a révélées par l’intermédiaire du prophète Mohammad (pbAsl) sont sous une forme achevée, et l’islam est une religion universelle complète. Dieu a dit: “Aujourd’hui, J’ai parachevé pour vous votre religion, et accompli sur vous Mon bienfait”. Une étude approfondie de l’islam en tant que genre de vie complet prouve la véracité de ces paroles du Qur’âne. L’islam fournit un guide pour la vie dans ce monde et pour l’autre vie, et rien de ce qui est essentiel pour guider l’homme n’a été omis. La religion a été maintenant parachevée, et il n’est nul besoin de nouvel apostolat sous prétexte d’imperfection [On a prétendu que le temps écoulé est une raison suffisante pour qu'on ait besoin d'un nouveau guide, et qu'une religion qui a été révélée, il y a plus de quatorze siècles a dû certainement devenir caduque, inadaptée aux besoins d'une époque nouvelle. cette objection est dénués de tout fondement, et voici briévement pourquoi: 1. Les enseignements de l’islam sont éternels car ils ont été révélés par Allah, qui connaît le passé, le présent et l'avenir, et qui est lui-même éternel. c'est le savoir humain qui est limité, c'est l'œil humain qui ne peut distinguer dans la pénombre des perspectives futures, et non pas Dieu dont le savoir est au-delà des limitations de temps et d’espace. 2. L'islam est fondé sur la base de la nature humaine qui n'a pas varié d'une époque à l'autre. Tous les hommes sont issus du même moule qui a servi déjà pour les tous premiers hommes, et fondamentalement, la nature humaine n'a pas changé. 3. Dans la vie humaine, il y a un équilibre magnifique entre les éléments de permanence et les éléments de changement. Tout n'est pas totalement permanent, ni totalement changeant. Les principes fondamentaux, les valeurs de base n'invitent pas au changement. Ce sont les formes extérieures qui changent avec le temps, mais tout en conservant certaines bases immuables. L’islam a prévu de pourvoir aux besoins, à la fois de la permanence et du changement. Le Qur'âne et la Sunna, exposent les éternels principes de l’islam, tandis qu'à l'aide de l'Ijtihâd, ils peuvent être appliqués à chaque époque selon ses besoins. L’islam est la seule religion qui ait établi un système prévu pour l’évolution éternelle de la société humaine en conformité avec les principes fondamentaux et les valeurs permanentes de la vie. 4. Scientifiquement aussi, la race humaine est à l'âge qui fut inauguré par l'apparition de l'homme sur la terre, et aucun changement évolutif fondamental n'est survenu dans cette phase. Des civilisations se sont développées et effondrées, des cultures ont grandi puis ont passé, des empires ont émergé et se sont écroulés, mais nous nous trouvons toujours dans le même maillon de ta grande chaîne de l'évolution cosmique. C'est pourquoi l'opinion selon laquelle les directives données il y a quelques siècles deviennent automatiquement obsolètes avec le temps n’ont pas de fondement solide]. Enfin, le message de Mohammad (pbAsl) n’était pas destiné à un peuple, un pays ou une période particulière. Il fut suscité comme Prophète Universel, le messager de la Vérité pour l’humanité tout entière. Le Qur’âne a commandé à Mohammad (pbAsl) de déclarer: “O humanité, je suis le messager envoyé par Dieu pour vous tous”. Il a été décrit comme “une bénédiction pour tous les peuples du monde”, et son message a été universel. C’est pour quoi après lui, il n’y a plus besoin d’un nouvel apostolat, d’ailleurs il a été appelé dans le Qur’âne “Khâtim-An-Nabiyyîn” le dernier de la chaîne des vrais prophètes [Le Qur'âne et le Hadith sont très explicites sur ce point. Le Qur'âne dit: "Mais le messager d'Allah et le dernier des prophètes (XXXIII, 40)". Le saint Prophète a dit lui-même: "Il n'y aura pas d'autre prophète après moi". Une autre fois il dit: "Ma relation avec (la longue chaîne des) prophètes peut être illustrée par la parabole d'un palais: le palais était magnifiquement construit. Tout y était achevé, sauf une place où il manquait juste une seule brique. J'ai rempli cette place et maintenant le palais est achevé". (cf. Bukhârî et Mouslim)]. Maintenant, par conséquent, la seule source de connaissance de Dieu et de la voie du salut est Mohammad (pbAsl). Nous ne pouvons connaître l’islam que par l’intermédiaire de ses enseignements, qui sont si complets et si universels qu’ils peuvent guider les hommes de tous les temps à venir. Maintenant le monde n’a pas besoin de nouveau prophète, il a seulement besoin de gens qui aient une foi totale en Mohammad (pbAsl), qui deviennent les porte-étendard de son message, le propagent largement sur la terre, et essaient d’instaurer la culture que Mohammad (pbAsl) donna à l’homme. Le monde a besoin d’hommes de caractère qui puissent mettre en pratique sa doctrine et établir une société régie par la loi divine, dont Mohammad (pbAsl) est venu affirmer la suprématie. Telle est la mission de Mohammad (pbAsl), et de son succès dépend le succès de l’homme.

Outre cela, il apparut alors devant son peuple comme un philosophe unique, un réformateur remarquable qui imprima sa marque dans la culture et la civilisation, un politicien illustre, un grand chef, un juge de la plus haute éminence, et un incomparable général. Ce Bédouin illettré, cet habitant du désert, parlait avec une connaissance et une sagesse comme on n’en avait lamais vues auparavant, et qu’on ne devait pas égaler par la suite. Il exposa de délicats problèmes de métaphysique et de théologie, prononça des discours sur les principes de la chute et du déclin des nations et des empires, citant à l’appui de ses thèses les données historiques du passé. Il examina les œuvres des anciens réformateurs, jugea les diverses religions du monde, rendit des jugements sortes différends et les querelles entre les nations. Il édicta des canons éthiques et culturels. Il formula des lois sociales, économiques, sur la conduite de groupe, les relations internationales, si sages que même les penseurs et savants éminents ne peuvent les apprécier à leur juste valeur qu’après avoir fait de longues recherches et acquis une vaste expérience des hommes et des choses. Les beautés de ce message n’apparaissent que progressivement ) mesure que le chercheur avance dans la connaissance théorique et l’expérience pratique. Ce marchand silencieux et amoureux de la paix qui auparavant n’avait jamais manié l’épée, qui n’avait aucune formation militaire, qui n’avait qu’une fois participé à une bataille, et seulement en spectateur, se transforma soudain en un soldat si courageux qu’il ne recula jamais même au cœur des batailles les plus acharnées; il devint un si grand général qu’il conquit l’Arabie tout entière en neuf ans, à une époque où les armes étaient primitives et les moyens de communications des plus restreints. Sa perspicacité, son efficacité, l’esprit combatif qu’il infusait à ses hommes, et la formation militaire qu’il donna à une troupe bariolée d’Arabes sans équipement digne de ce nom, accomplirent de tels prodiges qu’en quelques années ils renversèrent les deux plus formidables puissances militaires de l’époque; et devinrent les maîtres de la plus grande partie du monde alors connu. Cet homme tranquille et réservé qui pendant quarante années ne montra jamais signe d’aucun intérêt ou activité politiques, apparut soudain sur la scène mondiale comme un réformateur politique et un homme d’état remarquable: sans l’aide de la radio ou de la presse, il unit les habitants éparpillés d’un désert de deux millions de kilomètres carrés – un peuple qui était batailleur, ignorant, indiscipliné, inculte et plongé dans un état permanent de guerre intestine – sous une même bannière, une même loi, une même religion, une culture, une civilisation et une forme de gouvernement uniques [Sir William Muir, terme adversaire de l’islam, admet dans son livre "Life of Mohammad": "... la première particularité qui attire notre attention est la division des Arabes en groupes innombrables, indépendants les uns des autres turbulents et souvent en guerre les uns contre tes autres et même s'ils sont unis par des tiens de sang ou d'intérêt, toujours prêts pour une raison insignifiante à se séparer et à céder à une hostilité implacable. Donc, à l'époque de l’islam, la rétrospective de l’histoire arabe montre comme dans un kaléidoscope, un état toujours instable d'attirance et de répulsion qui avait jusque là fait avorter toute tentative d'union générale. Il restait à trouver par quelle force ces tribus pourraient être soumises ou attirées vers un centre commun; et ce problème fut résolu par Mohammad"]. Il changea leurs modes de pensée, leurs habitudes et même leur morale. Il transforma des barbares en gens civilisés, des méchants en gens pieux, droits et craignant Dieu. Leur nature indisciplinée et fière apprit l’obéissance et la soumission à la loi et à l’ordre. Une nation qui n’avait pas vu naître un seul grand homme digne de ce nom depuis des siècles, vit apparaître grâce à l’influence de Mohammad des milliers de nobles âmes qui partirent dans les coins les plus reculés du monde prêcher et enseigner les principes de la religion, de la morale et de la civilisation [Il serait intéressant de se rapporter ici à un discours important de Ja`far ibn ‘Abî Tâlib. Quand la persécution des musulmans de La Mecque atteignit son paroxysme, le prophète Mohammad conseilla à certains d'émigrer dans te territoire voisin d’Abyssinie. un groupe de musulmans y partit donc. Mais les Quraich qui perpétraient toutes sortes de persécutions sur les musulmans ne s’en tinrent pas là. Ils les poursuivirent et demandèrent au Négus d'Abyssinie d’extrader ces immigrants. Au tribunal du Négus, Ja`far lit un discours ou il exposa la révolution que le saint prophète avait apportée. Voici un extrait de ce discours: "O Roi! Nous étions un peuple ignorant et idolâtre. Nous avions l'habitude de manger même les cadavres d'animaux morts, et de faire toutes sortes de choses abominables. Nous étions ingrats envers nos parents et mauvais pour nos voisins. Les plus forts s’enrichissaient aux dépens des plus faibles, jusqu'à ce que finalement Dieu ait suscité un prophète pour nous reformer. Son origine, son intégrité, sa droiture et sa piété sont connues de tous. Il nous a exhorté à adorer Dieu et à abandonner l'idolâtrie et l'adoration des pierres. Il nous a ordonné de dire la vérité, de nous montrer tout dignes de confiance, de respecter les obligations familiales, d'être accommodants avec nos voisins. Il nous a appris à éviter toutes choses impures et de répandre le sang. Il a interdit toute indécence, le mensonge, l'appropriation des biens des orphelins, la calomnie sur la chasteté des femmes. Aussi nous avons cru en lui, nous l’avons écouté et suivi son enseignement]. Mohammad accomplit tout cela sans employer ni ruse, ni violence, ni cruauté, mais grâce à ses manières captivantes, sa personnalité morale attachante, et la conviction de son enseignement. Sa conduite noble et digne lui attira même l’amitié de ses ennemis. Il attirait tous les cœurs par sa sympathie infinie, et le lait de la tendresse humaine. Il gouverna avec justice. Il ne s’écarta jamais de la vérité ni de la droiture. Il n’opprima personne, même pas ses ennemis mortels qui avaient attenté à sa vie, qui l’avaient lapidé, chassé de son pays natal, avaient excité contre lui l’Arabie tout entière – non, même pas ceux qui avaient mâché le foie de son oncle mort dans un délire de vengeance [A l'occasion de ta bataille de Uhud, Hinda la femme du chef des Arabes païens, mâcha littéralement le foie de l'oncle du prophète, Hamza]. Il pardonna à tous quand il triompha d’eux. Il ne se vengea de personne de ses malheurs personnels ou des torts qui lui avaient été causés. Bien qu’il fût à la tête de son pays, il était si désintéressé et si modeste qu’il resta toujours très simple et économe dans ses habitudes. Il vivait frugalement comme auparavant, dans son humble chaumière de pisé. Il dormait sur une natte, portait des vêtement rugueux, mangeait la nourriture très simple des pauvres et parfois partait sans avoir rien mangé du tout. Il passait souvent les nuits entières en prières devant le Seigneur. Il venait en aide aux pauvres et aux nécessiteux [Le prophète a dit: "Quiconque meurt endetté ou laisse derrière lui des charges de famille qui risquent de devenir des nécessiteux devrait venir à moi, car je suis leur tuteur à tous". Sa vie entière témoigne amplement de cela]. Les travaux manuels pénibles ne le rebutaient pas. Jusqu’à ses derniers instants, il n’y eut pas en lui la moindre trace d’orgueil ou de hauteur qu’on trouve souvent chez ceux qui ont la fortune ou occupent une position élevée. Comme n’importe quel homme, il marchait et s’asseyait avec le peuple, et partageait leurs joies comme leurs peines. Il se mêlait tellement à la foule, qu’un étranger aurait difficilement distingué le chef du pays parmi son peuple. En dépit de sa grandeur son comportement à l’égard des plus humbles était celui d’un être humain ordinaire. Dans toutes les luttes et les phases de sa vie, il ne rechercha aucun profit ou récompense personnels et ne légua aucune fortune à ses héritiers. Il consacra tous ses biens à son Millat (à son peuple). Il demanda à ses disciples de ne pas lui assigner de fonds, ni pour lui ni pour ses descendants et il interdit même à ses descendants de percevoir les bénéfices du Zakat (la taxe des pauvres) de peur que par la suite ses disciples ne leur distribuent la totalité du Zakat!

Extrait de CONNAITRE L’ISLAM de Maudoudi.