Apostolat – 3 – L’apostolat de Mouhammad

L’ARABIE – ABIME DES TÉNÉBRES

Dans cette ère d’obscurantisme il y avait un pays où les ténèbres étaient encore plus épaisses qu’ailleurs. Les pays voisins, la Perse, Byzance, l’Egypte, étaient plus civilisées et cultivées, mais l’Arabie n’était nullement influencée par leur culture. Elle était isolée par de vastes océans de sables. Les marchands arabes qui entreprenaient de longs périples de plusieurs mois, commerçaient avec ces pays, mais ils ne pouvaient acquérir de savoir pendant ces voyages. Dans leur pays, il n’y avait ni école, ni bibliothèque, personne ne semblait s’intéresser au développement de la science. Les rares personnes qui savaient lire et écrire n’étaient pas assez instruites pour s’intéresser aux arts et aux sciences existants. Ils possédaient bien un langage très développé, capable d’exprimer les plus subtiles nuances de la pensée humaine, et un goût littéraire raffiné, mais l’étude des vestiges de leur littérature montre combien leur savoir était limité, leur niveau de civilisation bas, et combien leurs étaient imprégnés de superstitions, leurs pensées et coutumes barbares et féroces, leurs conceptions morales rudes et avilies. C’était un pays sans gouvernement. Chaque tribu réclamait la souveraineté et se considérait comme indépendante. Il n’y avait pas d’autre loi que celle de la jungle. Le butin, l’incendie, le meurtre du faible et de l’innocence étaient à l’ordre du jour. La vie humaine, la propriété et l’honneur étaient constamment menacés. Les différentes tribus étaient à couteaux tirés entre elles. Le plus banal incident suffisait à susciter une querelle qui dégénérait en combat furieux ou parfois même en conflit à l’échelle d’un pays, qui durait des dizaines d’années. Un Bédouin ne voyait pas a nécessité d’épargner un membre d’une autre tribu que, pensait-il, il avait parfaitement le droit de tuer et de piller [Le professeur Joseph Hell écrit dans The Arab Civilisation, page 10: ” … Ces conflits détruisirent le sentiment d’unité nationale et développèrent un particularisme incurable ; chaque tribu étant ainsi voués à se suffire à elle-même, et considérant les autres comme ses légitimes victimes pour le meurtre et le pillage]. Toutes les notions de morale, de culture, de civilisation qu’ils pouvaient avoir, étaient primitives et grossières. Ils distinguaient difficilement le pur de l’impur, le légal de l’illégal, le civil de l’incivil. Ils avaient une vie rude, des mœurs barbares, se complaisaient dans l’adultère, le jeu et la boisson. Le butin et le pillage étaient leur devise, le meurtre et la rapine chose quotidienne et banale. Ils se montraient nus en public sans la moindre pudeur. Même les femmes venaient nues à la procession autour de la Kaaba. Pour de stupides notions de prestige, ils enterraient vives leurs filles, afin de ne pas avoir de beau-fils. Ils épousaient leur belle-mère après la mort de leur père. Ils ignoraient jusqu’aux rudiments de la routine quotidienne de l’alimentation, de l’habillement et de l’hygiène. En ce qui concerne leurs croyances religieuses ils souffraient des mêmes maux qui frappaient le reste du monde. Ils adoraient les pierres, les arbres, les idoles, les esprits, bref tout ce qu’on peut imaginer, sauf Dieu. Ils ne savaient rien des enseignements des prophètes anciens. Ils se rappelaient vaguement qu’Abraham et Ismaël étaient leurs ancêtres, mais ils ne savaient pratiquement rien de ce qu’ils avaient prêché, ni du Dieu qu’ils avaient adoré. Les histoires de Aad et de Thamoud se trouvaient bien dans leur folklore, mais elles ne contenaient nulle trace des enseignements des prophètes Houd et Sâlih. Les Juifs et les Chrétiens leur avaient transmis certaines légendes folkloriques se rapportant aux prophètes israélites, qui donnaient une image lamentable de ces nobles âmes. La fiction de leur propre imagination avait adultéré leurs enseignements et brossé un sombre tableau de leurs vies. Aujourd’hui encore, on peut avoir une idée des conceptions religieuses de ces gens en jetant un coup d’œil sur ces traditions israélites que les commentateurs musulmans du Qur’âne nous ont transmises. Le tableau qui y est fait de l’apostolat et du caractère des prophètes israélites est l’antithèse même de tout ce en quoi ces nobles défenseurs de la vérité avaient cru.

LE SAUVEUR EST NÉ

C’est à cette époque et dans ce pays si inculte qu’alors naît un homme. Ses parents meurent quand il est encore tout enfant, et quelques années plus tard, son grand-père décède à son tour. De ce tait, il est privé du peu d’instruction et d’éducation que pouvait recevoir un enfant arabe de cette époque. Pendant son enfance, il garde des troupeaux de moutons et de chèvres avec d’autres petits Bédouins. Quand il devient adulte, il entre dans le commerce. Il n’a de rapports qu’avec les Arabes, dont nous venons de décrire la condition. Il n’est absolument pas instruit, complètement illettré. Il n’a jamais la possibilité d’être en la compagnie de gens instruits, car de tels hommes n’existaient pas en Arabie. Il a bien quelques occasions de sortir de son pays, mais ces voyages se bornent en Syrie, et ne sont que d’ordinaires voyages commerciaux entrepris par les caravanes arabes. S’il rencontre des gens instruits là-bas, ou s’il a l’occasion d’y observer divers aspects de la civilisation, ces rencontres et ces observations fortuites ne jouent certainement aucun rôle dans la formation de sa personnalité. Car des incidents si fragmentaires n’avaient jamais pu avoir sur quiconque une influence profonde au point de le faire quitter son environnement, de le transformer complètement, et de l’élever à de telles hauteurs d’originalité et de gloire qu’il ne reste plus aucune affinité entre lui et la société dont il est issu. Ces observations ne peuvent pas non plus être à la base de l’immense connaissance suffisante pour transformer un Bédouin illettré en un chef, non seulement de son propre pays, mais du monde entier et pour tous les âges à venir. Quelle que soit l’influence culturelle et intellectuelle que l’on puisse prêter à ces voyages, il n’en demeure pas moins qu’ils ne pouvaient en aucun cas lui suggérer ces conceptions et ces principes de morale religieuse, de culture et de civilisation totalement inexistants dans le monde de cette époque, ni créer ce modèle sublime et parfait de caractère humain, introuvable alors.

UN DIAMANT DANS UN TAS DE PIERRES

Considérons maintenant la vie et l’œuvre de cet homme remarquable, non seulement dans le contexte de la société arabe, mais aussi dans celui du monde entier tel qu’il était alors. Cet homme est complètement différent des gens parmi lesquels il est né, et avec qui il passe sa jeunesse et ses premières années d’homme adulte. Il ne ment jamais. Son peuple tout entier est unanime à témoigner de sa loyauté. Même ses pires ennemis ne l’accusent jamais d’avoir proféré un seul mensonge de sa vie. Il parle courtoisement et n’emploie jamais un langage obscène ou injurieux. Il a une personnalité et des manières charmeuses et conquérantes qui captivent le cœur de ceux qui le rencontrent. Dans ses rapports avec ses semblables, il suit toujours les principes de la justice. Il fait du commerce pendant des années mais ne fit jamais une seule transaction malhonnête. Ceux qui ont affaire avec lui, ont toute confiance en son intégrité. La nation tout entière l’appelle “Al-Amîn” (le sincère et Digne de Confiance). Même ses ennemis déposent leurs biens les plus précieux chez lui en sûreté, et il se montre digne de leur confiance. Il est le symbole même de la modestie au milieu d’une société qui est fondamentalement immodeste. Né et élevé parmi un peuple qui considère l’ivrognerie et le jeu comme des vertus, il ne boit jamais, ni ne se laisse aller à jouer. Son peuple est brutal, inculte et sale, mais il personnifie en lui-même la culture la plus haute et l’apparence la plus raffinée. Environné de gens cruels, il a lui-même un cœur qui déborde de tendresse humaine. Il aide la veuve et l’orphelin, il est hospitalier pour les voyageurs. Il ne tait de tort à personne, mais il souffre plutôt pour les autres. Vivant parmi des gens pour qui la guerre est le pain quotidien, il est tellement épris de paix que son cœur saigne pour eux quand ils prennent les armes et s’égorgent. Il reste au-dessus des querelles de tribu, et est toujours le premier à proposer la réconciliation. Elevé dans une race idolâtre, il a un esprit si clairvoyant et une âme si pure qu’il sait que rien dans les cieux ni sur la terre n’est digne d’adoration, sauf le Seul et Vrai Dieu. Il ne s’incline devant aucune créature, ne participe pas aux offrandes faites aux idoles, ceci depuis sa plus tendre enfance. Il haït instinctivement toute forme d’adoration qui ne s’applique pas à Dieu. Bref la personnalité brillante et extraordinaire de cet homme apparaît au milieu d’un entourage si obscur comme un phare illuminant la nuit épaisse, ou un diamant étincelant sur un tas de cailloux.

UNE RÉVOLUTION SE PRODUIT

Après qu’il eut vécu longtemps une vie si chaste, si pure et civilisée, son existence est soudainement bouleversée. Il se sent lassé des ténèbres et de l’ignorance qui l’entourent. Il veut échapper à ces abîmes de corruption, d’immoralité, d’idolâtrie, de désordre qui le cernent de toutes parts. Tout, autour de lui, heurte son âme. Il se retire dans les collines, loin du tumulte des habitations. Il passe des jours et des nuits a méditer dans la plus complète solitude. Il jeûne pour que son âme et son cœur deviennent encore plus purs et plus nobles. Il erre et médite profondément. Il est à la recherche d’une lumière qui puisse dissiper les ténèbres environnantes. Il veut la capter pour neutraliser le monde corrompu et sans ordre de son temps, et poser les fondations d’un nouveau monde meilleur. Voilà qu’une remarquable révolution se produit en lui. Soudain, son cœur est illuminé par la lumière divine, qui lui donne le pouvoir qu’il avait rêvé de posséder. Il quitte la solitude de sa grotte, retourne vers le peuple, et s’adresse â eux en ces termes: “Les idoles que vous adorez sont une pure supercherie, cessez de les adorer. Aucun être humain, aucune étoile, aucun arbre, aucune pierre, aucun esprit, ne mérite de recevoir un culte. Ne courbez pas vos têtes devant eux. L’univers tout entier, et tout ce qu’il contient appartient au seul Dieu Tout-Puissant. Lui seul est votre Créateur, votre Nourricier, et par conséquent, votre véritable Souverain. C’est devant Lui que vous devez vous incliner, prier et faire acte d’obéissance. Donc, n’adorez que Lui et n’obéissez qu’à Ses seuls commandements. Le butin, le pillage, le meurtre, la rapine, l’injustice et la cruauté, tous les vices que vous pratiquez sont des crimes aux yeux de Dieu. Abandonnez vos manières iniques. Dieu les a en horreur. Dites la vérité, soyez justes, ne tuez pas, ne volez pas, prenez seulement la part qui vous revient. Donnez ce qui est dû aux autres avec justice, vous êtes des êtres humains et tous les êtres humains sont égaux aux yeux de Dieu. Personne n’est né, marqué d’avance du sceau de l’infamie ou de la noblesse. Seul est noble et honorable celui qui craint Dieu, est pieux, sincère dans ses paroles comme dans ses actes. Les distinctions de naissances, de gloire et de race, ne sont pas des critères de grandeur et d’honneur. Celui qui craint Dieu et fait de justes actions est le plus noble des hommes. Celui qui est dépourvu d’amour pour Dieu, qui est endurci dans ses mauvaises manières, est maudit. Il y a un jour fixé après votre mort où vous aurez à paraître devant votre Seigneur. Vous serez appelé à rendre compte de toutes vos actions, bonnes et mauvaises, et vous ne pourrez rien cacher. Toute l’histoire de votre vie sera comme un livre ouvert devant Lui. Votre sort dépendra de vos actions, bonnes ou mauvaises. Devant le tribunal du Vrai Juge – le Dieu Omniscient – il ne sera pas question de recommandation et de favoritisme. Vous ne pourrez pas Le soudoyer. Il ne sera pas tenu compte de votre lignage ni de vos ancêtres. Seules la foi véritable et les bonnes actions seront considérées à ce moment-là. Celui qui en sera bien pourvu prendra sa place dans le ciel du bonheur éternel, tandis que celui qui en sera dépourvu sera précipité dans les flammes de l’Enfer”. Tel est le message qu’il apporte. La nation ignorante se tourne contre lui, les insultes et les pierres volent vers son auguste personne. Il endure toutes sortes de torture et de cruautés, et ceci sans arrêt, non pas pendant un jour ou deux seulement, mais pendant treize longues années. Finalement il est exilé. Mais même là, on ne lui accorde pas de répit. Il est tourmenté de multiples façons dans son refuge. Toute l’Arabie est soulevée contre lui. Il est persécuté et traqué sans arrêt pendant huit années pleines. Il endure tout cela sans que sa position ne varie d’un pouce. Il est résolu, ferme et inflexible dans sa conviction.

POURQUOI TOUTE CETTE HOSTILITÉ?

On est autorisé à se demander: pourquoi son peuple est-il ainsi devenu son ennemi juré? S’étaient-ils disputés à propos d’or, d’argent ou d’autres richesses terrestres? Etait-ce dû à quelque lutte de sang? Est-ce qu’il réclamait quelque chose d’eux? NON. Toute cette hostilité venait du seul fait qu’il leur avait demandé d’adorer le Seul et Vrai Dieu et de mener une vie de droiture, de piété et de bonté. Il avait prêché contre l’idolâtrie, avait dénoncé leur mode de vie inique. Il avait sapé l’autorité du clergé. Il avait fulminé contre toutes les distinctions d’infériorité ou de supériorité entre les êtres humains, et avait condamné les préjugés le clan et de race comme étant les signes d’un esprit ignorant; et il voulait changer la structure complète de la société, qui datait des temps immémoriaux. A leur tour, ses compatriotes lui dirent que les principes de sa mission étaient contraires à leurs traditions ancestrales et lui demandèrent d’y renoncer, sous peine des pires conséquences. On peut demander: pourquoi endura-t-il toutes les difficultés? Sa nation offrit de le prendre pour roi et de déposer à ses pieds toutes les richesses du pays, à condition qu’il abandonnât sa prédication et son message. Mais il choisit de refuser toutes les offres les plus tentantes et de souffrir pour sa cause. Pourquoi? Avait-il un profit à voir ces gens devenir pieux et intègres? Pourquoi ne se souciait-il pas des richesses? Du luxe, de la royauté, de la gloire, de la fortune? Est-ce qu’il cherchait des biens matériels tellement élevés, que ces propositions paraissaient insignifiantes en comparaison? Est-ce que ces gains étaient si alléchants qu’il pouvait choisir de subir le feu, l’épée, de supporter avec équanimité les tortures du corps et de l’âme pendant des années? Il faut longuement méditer là-dessus pour trouver une réponse [Le prophète Mohammad (pbAsl) eut à subir des tempêtes d’adversité sur le chemin de la vérité. Il supports toutes les oppositions et les persécutions le sourire aux lèvres. Il resta terme et inébranlé par la critique ou la violence. Quand les indignes comprirent que les menaces n’effrayaient pas cet homme et que les plus sévères tribulations ne le faisaient pas changer d’un pouce, ni lui ni ses disciples, ils essayèrent un autre stratagème qui devait échouer lui aussi. Une délégation des principaux Quraych se rendit devant le saint prophète et essaya de le corrompre en lui offrent toute la gloire terrestre qu’on peut imaginer. Ils dirent: “Si tu veux posséder la richesse, nous t’en apporterons autant que tu en désires; si tu aspires aux honneurs et à la puissance, nous sommes prêts à te jurer obéissance comme à notre seigneur et roi. Si tu aimes la beauté, tu auras la main des plus belles vierges de ton choix”. Mais ils voulaient qu’il abandonnât sa mission. Les propositions étaient extrêmement alléchantes pour n’importe quel être humain. Mais elles n’avaient pas de sens aux yeux du prophète. Sa réponse tomba comme la foudre sur la délégation des chefs arabes. Ils croyaient avoir joué leur atout maître, mais ils turent déçus. Le saint prophète dit: ” Je ne veux ni richesse ni puissance. J’ai été désigné par Dieu pour avertir l’humanité. Je vous transmets Son message. Si vous l’acceptez vous aurez joie et félicité sur cette terre et le bonheur éternel dans l’autre vie. Si vous rejetez la parole de Dieu, Dieu décidera entre vous et moi”. Une autre fois, il dit à son oncle qui sous la pression des chats arabes, essayait de le persuader de renoncer à ce mission. O mon oncle, même s’ils plaçaient le soleil dans ma main droite, et la lune dans me main gauche, je ne renoncerai pas. Je n’abandonnerai pas, jusqu’à ce qu’il plaise à Dieu de faire que je triomphe, ou que je périsse en essayant”. Tel était le prophète de l’islam]. Peut-on imaginer un plus haut exemple de sacrifice de soi, de sympathie, de générosité de cœur pour ses semblables, que celui de cet homme qui gâche son propre bonheur pour le bien des autres, tandis que ces gens même le lapident, l’insultent, le bannissent, ne lui font pas grâce même dans son exil, et que malgré tout, il refuse d’arrêter de lutter pour leur bien-être?   S’il avait été de mauvaise foi aurait-il pu endurer tant de souffrances pour une cause inconsistante? Est-ce qu’un spéculateur ou un visionnaire malhonnête aurait pu faire preuve d’une telle fermeté, s’accrocher à son idéal jusqu’au bout, rester serein et déterminé face à tous les dangers et tortures imaginables, alors qu’un pays tout entier se dressait en armes contre lui? Cette foi, cette persévérance, cette résolution avec lesquelles il conduisit son mouvement au succès final, sont par conséquent des preuves éloquentes de la véracité suprême de sa cause. S’il y avait eu la moindre trace de doute et d’incertitude dans son cœur, il n’aurait jamais pu braver la tempête qui se déchaîna pendant vingt et une longues années. Ceci est l’un des aspects de la révolution qui s’opéra en lui. L’autre aspect est encore plus merveilleux.

UN HOMME TRANSFORMÉ A QUARANTE ANS. POURQUOI?

Pendant quarante ans, il vécut comme un Arabe parmi les Arabes. Pendant cette période, il ne se distingua ni comme chef d’état, ni comme prédicateur, ni comme orateur. Personne ne l’avait entendu proférer des perles de sagesse et de connaissance comme il commença à le faire par la suite. On ne l’avait jamais vu discourant sur les principes de métaphysique, d’éthique, de droit, d’économie et de sociologie. Non seulement il n’était pas un grand général, mais il n’était même pas un simple soldat. Il n’avait jamais dit une parole sur Dieu, les anges, les livres révélés, les prophètes anciens, les nations disparues, le jour du jugement, la vie après la mort, le ciel et l’Enfer. Il est vrai qu’il possédait un excellent caractère et des manières charmantes, il était hautement cultivé, cependant il n’y avait rien en lui de remarquable qui eut pu laisser présager quelque chose de grand et de révolutionnaire de sa part dans le futur. Il était connu parmi ses connaissances comme un citoyen sobre, calme, aimable, respectueux des lois et bien disposé. Quand il revint de la grotte avec un nouveau message, il était complètement transformé. Quand il se mit à prêcher son message, toute l’Arabie fut stupéfaite, étonnée par sa merveilleuse éloquence et ses talents d’orateur. C’était si impressionnant et captivant que ses pires ennemis redoutaient de l’entendre, de peur qu’il ne touchât profondément leur cœur, que cela ne les transportât et leur fit abandonner leurs vieilles religions et leurs vieilles conceptions. C’était si incomparable que personne parmi les poètes, les prédicateurs et les orateurs arabes de la plus haute volée, n’arriva à produire quelque chose approchant la beauté de son langage, et la splendeur de sa diction, lorsqu’il mit ses adversaires au défi de produire, même en se groupant, le moindre vers comparable à ce qu’il récitait.Jetons un coup d’œil sur la carte du monde. Nous nous apercevons qu’il n’y avait pas de pays plus approprié que l’Arabie pour cette religion universelle devenue si nécessaire. L’Arabie est située entre l’Asie et l’Afrique, pas trop loin de l’Europe. A l’époque de Mohammad, la partie méridionale de l’Europe était habitée par des nations civilisées et culturellement développées et ainsi, ces peuples se trouvaient à distance à peu près égale de l’Arabie que les peuples de l’Inde. Ceci donnait en Arabie une position centrale. Si vous étudiez l’histoire de cette époque, vous verrez également qu’aucun autre peuple n’était plus approprié pour recevoir l’apostolat que les Arabes. Les grandes nations du monde avaient combattu sans merci pour la suprématie mondiale, et dans cette longue et incessante lutte, avaient épuisé toutes leurs ressources et leur vitalité. Les Arabes étaient un peuple neuf et viril. Le soi-disant progrès social avait produit de mauvaises habitudes parmi les nations développées tandis que parmi les Arabes, il n’existait pas de telle organisation sociale. Ils étaient par conséquents dénués de la paresse, de l’avilissement, et des vices nés du luxe et de la satiété sensuelle. Les Arabes païens du VIIème siècle n’avaient pas été affectés par les mauvaises influences des systèmes sociaux et de la civilisation artificielle des grandes nations du monde. Ils possédaient toutes les qualités humaines saines d’un peuple non atteint par le “progrès social” du temps. Ils étaient courageux, généreux, fidèles à la parole donnée, épris de liberté, politiquement indépendants, libres de toute hégémonie. Ils vivaient une vie frugale, sans connaître le luxe ou la licence. Sans doute, il y avait bien des aspects répréhensibles dans leur vie également, comme nous le verrons plus loin, mais la raison en était que depuis des millénaires aucun prophète ne s’était manifesté parmi eux, aucun réformateur pour les civiliser et expurger leur vie morale de toutes ses impuretés. Des siècles de vie libre et indépendante, dans des déserts de sable, les avaient rendus extrêmement ignorants. Ils étaient par conséquent si endurcit et ancrés dans leur tradition d’ignorance, que les humaniser n’étaient pas la tâche d’un homme ordinaire. Mais d’un autre côté, si quelqu’un doté de pouvoirs extraordinaires allait les inviter à se réformer, et leur donnait un noble idéal et un programme complet, ils étaient prêts à écouter son appel, et à œuvrer avec bonne volonté vers un tel but, sans reculer devant aucun sacrifice pour cette cause. Ils étaient prêts à faire face, sans le moindre regret, à l’hostilité du monde entier pour la cause de leur mission. Et en vérité, c’était bien un tel peuple, jeune, plein de force, viril, qui était nécessaire pour répandre les enseignements du prophète universel: Mohammad (pbAsl). Considérez ensuite la langue arabe: si vous l’étudiez, si vous étudiez la littérature arabe, vous serez convaincu qu’il n’y avait pas de langue plus appropriée pour exprimer des idéaux élevés, pour expliquer les problèmes les plus subtils et les plus délicats de la connaissance divine, pour toucher le cœur de l’homme et l’incliner à la soumission à Dieu. Des phrases courtes suffisent à exprimer tout un monde d’idées et en même temps à imprimer une telle marque dans le cœur que leur simple son vous amène aux larmes et à l’extase. Elles sont, douces comme le miel, si harmonieuses qu’elles font vibrer de leur musique toutes les fibres du corps humain. C’est une telle langue si riche et si puissante qui était nécessaire pour le Qur’âne, la Sainte Parole de Dieu. C’est donc une manifestation supplémentaire de la grande sagesse divine que d’avoir choisi la terre d’Arabie comme lieu de naissance du prophète universel. Voyons maintenant combien était unique et extraordinaire la personnalité bénie que Dieu choisit pour cette mission de prophète universel. Si l’on pouvait fermer les yeux et se reporter dans le monde d’il y a mille quatre cents ans, on verrait que c’était un monde complètement différent du nôtre, n’offrant pas la moindre ressemblance avec le chaos qui nous entoure. Les occasions d’échanger des idées étaient rares, les moyens de communications primitifs et insuffisants, la connaissance humaine, réduite et étroite dans sa conception, baignait dans une atmosphère de superstition et d’idées folles et perverties. Les ténèbres régnaient. La somme des connaissances de l’époque n’était pas suffisante pour illuminer l’horizon de l’esprit humain. Il n’y avait ni radio, ni téléphone, ni télévision, ni cinéma. Les trains, les voitures et les avions n’étaient même pas concevables, et l’on ignorait tout de l’imprimerie et de l’édition. Des manuscrits, œuvres des copistes, fournissaient seuls le rare matériel littéraire à transmettre d’une génération à l’autre. L’instruction était un luxe, réservé aux plus fortunés, et les écoles étaient extrêmement rares. La somme des connaissances humaines était peu importante. L’homme avait une conception étroite et ses idées sur lui-même et sur la création se bornaient à son horizon limité. Même un savant de cette époque était dépourvu, à certains égards, du savoir possédé par le commun des mortels aujourd’hui. Et les gens les plus cultivés étaient moins raffinés que l’homme de la rue maintenant. Vraiment l’humanité était plongée dans l’ignorance et la superstition. La faible lueur de connaissance qui existait alors semblait livrer un combat perdu d’avance contre les ténèbres qui triomphaient alentour. Ce qui est aujourd’hui considéré comme un niveau moyen d’instruction, pouvait difficilement être atteint en ces temps-là, même après des années de recherche et de réflexion patientes. Les gens entreprenaient des voyages hasardeux et passaient toute leur vie à acquérir le peu d’instruction qui est aujourd’hui l’apanage de tous. Les choses qu’on appelle maintenant mythes et superstitions étaient à cette époque des vérités indiscutées. Les actes considérés aujourd’hui comme haïssables et barbares étaient alors tout à fait normaux. Des méthodes odieuses à notre actuel sens de la morale, constituaient la base même de la moralité, et on ne pouvait imaginer en ce temps-là qu’il puisse exister d’autre genre de vie. L’incrédulité avait pris de telles proportions et s’était tellement étendue que les gens ne considéraient comme élevé et sublime que le surnaturel, l’extraordinaire, le mystérieux et même l’insensé. Ils avaient acquis un tel complexe d’infériorité, qu’ils ne pouvaient imaginer qu’un être humain pût posséder une âme divine, ou qu’un saint fût fait homme.

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