Apostolat – 3 – L’apostolat de Mouhammad

L’ARABIE – ABIME DES TÉNÉBRES

Dans cette ère d’obscurantisme il y avait un pays où les ténèbres étaient encore plus épaisses qu’ailleurs. Les pays voisins, la Perse, Byzance, l’Egypte, étaient plus civilisées et cultivées, mais l’Arabie n’était nullement influencée par leur culture. Elle était isolée par de vastes océans de sables. Les marchands arabes qui entreprenaient de longs périples de plusieurs mois, commerçaient avec ces pays, mais ils ne pouvaient acquérir de savoir pendant ces voyages. Dans leur pays, il n’y avait ni école, ni bibliothèque, personne ne semblait s’intéresser au développement de la science. Les rares personnes qui savaient lire et écrire n’étaient pas assez instruites pour s’intéresser aux arts et aux sciences existants. Ils possédaient bien un langage très développé, capable d’exprimer les plus subtiles nuances de la pensée humaine, et un goût littéraire raffiné, mais l’étude des vestiges de leur littérature montre combien leur savoir était limité, leur niveau de civilisation bas, et combien leurs étaient imprégnés de superstitions, leurs pensées et coutumes barbares et féroces, leurs conceptions morales rudes et avilies. C’était un pays sans gouvernement. Chaque tribu réclamait la souveraineté et se considérait comme indépendante. Il n’y avait pas d’autre loi que celle de la jungle. Le butin, l’incendie, le meurtre du faible et de l’innocence étaient à l’ordre du jour. La vie humaine, la propriété et l’honneur étaient constamment menacés. Les différentes tribus étaient à couteaux tirés entre elles. Le plus banal incident suffisait à susciter une querelle qui dégénérait en combat furieux ou parfois même en conflit à l’échelle d’un pays, qui durait des dizaines d’années. Un Bédouin ne voyait pas a nécessité d’épargner un membre d’une autre tribu que, pensait-il, il avait parfaitement le droit de tuer et de piller [Le professeur Joseph Hell écrit dans The Arab Civilisation, page 10: " … Ces conflits détruisirent le sentiment d’unité nationale et développèrent un particularisme incurable ; chaque tribu étant ainsi voués à se suffire à elle-même, et considérant les autres comme ses légitimes victimes pour le meurtre et le pillage]. Toutes les notions de morale, de culture, de civilisation qu’ils pouvaient avoir, étaient primitives et grossières. Ils distinguaient difficilement le pur de l’impur, le légal de l’illégal, le civil de l’incivil. Ils avaient une vie rude, des mœurs barbares, se complaisaient dans l’adultère, le jeu et la boisson. Le butin et le pillage étaient leur devise, le meurtre et la rapine chose quotidienne et banale. Ils se montraient nus en public sans la moindre pudeur. Même les femmes venaient nues à la procession autour de la Kaaba. Pour de stupides notions de prestige, ils enterraient vives leurs filles, afin de ne pas avoir de beau-fils. Ils épousaient leur belle-mère après la mort de leur père. Ils ignoraient jusqu’aux rudiments de la routine quotidienne de l’alimentation, de l’habillement et de l’hygiène. En ce qui concerne leurs croyances religieuses ils souffraient des mêmes maux qui frappaient le reste du monde. Ils adoraient les pierres, les arbres, les idoles, les esprits, bref tout ce qu’on peut imaginer, sauf Dieu. Ils ne savaient rien des enseignements des prophètes anciens. Ils se rappelaient vaguement qu’Abraham et Ismaël étaient leurs ancêtres, mais ils ne savaient pratiquement rien de ce qu’ils avaient prêché, ni du Dieu qu’ils avaient adoré. Les histoires de Aad et de Thamoud se trouvaient bien dans leur folklore, mais elles ne contenaient nulle trace des enseignements des prophètes Houd et Sâlih. Les Juifs et les Chrétiens leur avaient transmis certaines légendes folkloriques se rapportant aux prophètes israélites, qui donnaient une image lamentable de ces nobles âmes. La fiction de leur propre imagination avait adultéré leurs enseignements et brossé un sombre tableau de leurs vies. Aujourd’hui encore, on peut avoir une idée des conceptions religieuses de ces gens en jetant un coup d’œil sur ces traditions israélites que les commentateurs musulmans du Qur’âne nous ont transmises. Le tableau qui y est fait de l’apostolat et du caractère des prophètes israélites est l’antithèse même de tout ce en quoi ces nobles défenseurs de la vérité avaient cru.

LE SAUVEUR EST NÉ

C’est à cette époque et dans ce pays si inculte qu’alors naît un homme. Ses parents meurent quand il est encore tout enfant, et quelques années plus tard, son grand-père décède à son tour. De ce tait, il est privé du peu d’instruction et d’éducation que pouvait recevoir un enfant arabe de cette époque. Pendant son enfance, il garde des troupeaux de moutons et de chèvres avec d’autres petits Bédouins. Quand il devient adulte, il entre dans le commerce. Il n’a de rapports qu’avec les Arabes, dont nous venons de décrire la condition. Il n’est absolument pas instruit, complètement illettré. Il n’a jamais la possibilité d’être en la compagnie de gens instruits, car de tels hommes n’existaient pas en Arabie. Il a bien quelques occasions de sortir de son pays, mais ces voyages se bornent en Syrie, et ne sont que d’ordinaires voyages commerciaux entrepris par les caravanes arabes. S’il rencontre des gens instruits là-bas, ou s’il a l’occasion d’y observer divers aspects de la civilisation, ces rencontres et ces observations fortuites ne jouent certainement aucun rôle dans la formation de sa personnalité. Car des incidents si fragmentaires n’avaient jamais pu avoir sur quiconque une influence profonde au point de le faire quitter son environnement, de le transformer complètement, et de l’élever à de telles hauteurs d’originalité et de gloire qu’il ne reste plus aucune affinité entre lui et la société dont il est issu. Ces observations ne peuvent pas non plus être à la base de l’immense connaissance suffisante pour transformer un Bédouin illettré en un chef, non seulement de son propre pays, mais du monde entier et pour tous les âges à venir. Quelle que soit l’influence culturelle et intellectuelle que l’on puisse prêter à ces voyages, il n’en demeure pas moins qu’ils ne pouvaient en aucun cas lui suggérer ces conceptions et ces principes de morale religieuse, de culture et de civilisation totalement inexistants dans le monde de cette époque, ni créer ce modèle sublime et parfait de caractère humain, introuvable alors.

UN DIAMANT DANS UN TAS DE PIERRES

Considérons maintenant la vie et l’œuvre de cet homme remarquable, non seulement dans le contexte de la société arabe, mais aussi dans celui du monde entier tel qu’il était alors. Cet homme est complètement différent des gens parmi lesquels il est né, et avec qui il passe sa jeunesse et ses premières années d’homme adulte. Il ne ment jamais. Son peuple tout entier est unanime à témoigner de sa loyauté. Même ses pires ennemis ne l’accusent jamais d’avoir proféré un seul mensonge de sa vie. Il parle courtoisement et n’emploie jamais un langage obscène ou injurieux. Il a une personnalité et des manières charmeuses et conquérantes qui captivent le cœur de ceux qui le rencontrent. Dans ses rapports avec ses semblables, il suit toujours les principes de la justice. Il fait du commerce pendant des années mais ne fit jamais une seule transaction malhonnête. Ceux qui ont affaire avec lui, ont toute confiance en son intégrité. La nation tout entière l’appelle “Al-Amîn” (le sincère et Digne de Confiance). Même ses ennemis déposent leurs biens les plus précieux chez lui en sûreté, et il se montre digne de leur confiance. Il est le symbole même de la modestie au milieu d’une société qui est fondamentalement immodeste. Né et élevé parmi un peuple qui considère l’ivrognerie et le jeu comme des vertus, il ne boit jamais, ni ne se laisse aller à jouer. Son peuple est brutal, inculte et sale, mais il personnifie en lui-même la culture la plus haute et l’apparence la plus raffinée. Environné de gens cruels, il a lui-même un cœur qui déborde de tendresse humaine. Il aide la veuve et l’orphelin, il est hospitalier pour les voyageurs. Il ne tait de tort à personne, mais il souffre plutôt pour les autres. Vivant parmi des gens pour qui la guerre est le pain quotidien, il est tellement épris de paix que son cœur saigne pour eux quand ils prennent les armes et s’égorgent. Il reste au-dessus des querelles de tribu, et est toujours le premier à proposer la réconciliation. Elevé dans une race idolâtre, il a un esprit si clairvoyant et une âme si pure qu’il sait que rien dans les cieux ni sur la terre n’est digne d’adoration, sauf le Seul et Vrai Dieu. Il ne s’incline devant aucune créature, ne participe pas aux offrandes faites aux idoles, ceci depuis sa plus tendre enfance. Il haït instinctivement toute forme d’adoration qui ne s’applique pas à Dieu. Bref la personnalité brillante et extraordinaire de cet homme apparaît au milieu d’un entourage si obscur comme un phare illuminant la nuit épaisse, ou un diamant étincelant sur un tas de cailloux.

UNE RÉVOLUTION SE PRODUIT

Après qu’il eut vécu longtemps une vie si chaste, si pure et civilisée, son existence est soudainement bouleversée. Il se sent lassé des ténèbres et de l’ignorance qui l’entourent. Il veut échapper à ces abîmes de corruption, d’immoralité, d’idolâtrie, de désordre qui le cernent de toutes parts. Tout, autour de lui, heurte son âme. Il se retire dans les collines, loin du tumulte des habitations. Il passe des jours et des nuits a méditer dans la plus complète solitude. Il jeûne pour que son âme et son cœur deviennent encore plus purs et plus nobles. Il erre et médite profondément. Il est à la recherche d’une lumière qui puisse dissiper les ténèbres environnantes. Il veut la capter pour neutraliser le monde corrompu et sans ordre de son temps, et poser les fondations d’un nouveau monde meilleur. Voilà qu’une remarquable révolution se produit en lui. Soudain, son cœur est illuminé par la lumière divine, qui lui donne le pouvoir qu’il avait rêvé de posséder. Il quitte la solitude de sa grotte, retourne vers le peuple, et s’adresse â eux en ces termes: “Les idoles que vous adorez sont une pure supercherie, cessez de les adorer. Aucun être humain, aucune étoile, aucun arbre, aucune pierre, aucun esprit, ne mérite de recevoir un culte. Ne courbez pas vos têtes devant eux. L’univers tout entier, et tout ce qu’il contient appartient au seul Dieu Tout-Puissant. Lui seul est votre Créateur, votre Nourricier, et par conséquent, votre véritable Souverain. C’est devant Lui que vous devez vous incliner, prier et faire acte d’obéissance. Donc, n’adorez que Lui et n’obéissez qu’à Ses seuls commandements. Le butin, le pillage, le meurtre, la rapine, l’injustice et la cruauté, tous les vices que vous pratiquez sont des crimes aux yeux de Dieu. Abandonnez vos manières iniques. Dieu les a en horreur. Dites la vérité, soyez justes, ne tuez pas, ne volez pas, prenez seulement la part qui vous revient. Donnez ce qui est dû aux autres avec justice, vous êtes des êtres humains et tous les êtres humains sont égaux aux yeux de Dieu. Personne n’est né, marqué d’avance du sceau de l’infamie ou de la noblesse. Seul est noble et honorable celui qui craint Dieu, est pieux, sincère dans ses paroles comme dans ses actes. Les distinctions de naissances, de gloire et de race, ne sont pas des critères de grandeur et d’honneur. Celui qui craint Dieu et fait de justes actions est le plus noble des hommes. Celui qui est dépourvu d’amour pour Dieu, qui est endurci dans ses mauvaises manières, est maudit. Il y a un jour fixé après votre mort où vous aurez à paraître devant votre Seigneur. Vous serez appelé à rendre compte de toutes vos actions, bonnes et mauvaises, et vous ne pourrez rien cacher. Toute l’histoire de votre vie sera comme un livre ouvert devant Lui. Votre sort dépendra de vos actions, bonnes ou mauvaises. Devant le tribunal du Vrai Juge – le Dieu Omniscient – il ne sera pas question de recommandation et de favoritisme. Vous ne pourrez pas Le soudoyer. Il ne sera pas tenu compte de votre lignage ni de vos ancêtres. Seules la foi véritable et les bonnes actions seront considérées à ce moment-là. Celui qui en sera bien pourvu prendra sa place dans le ciel du bonheur éternel, tandis que celui qui en sera dépourvu sera précipité dans les flammes de l’Enfer”. Tel est le message qu’il apporte. La nation ignorante se tourne contre lui, les insultes et les pierres volent vers son auguste personne. Il endure toutes sortes de torture et de cruautés, et ceci sans arrêt, non pas pendant un jour ou deux seulement, mais pendant treize longues années. Finalement il est exilé. Mais même là, on ne lui accorde pas de répit. Il est tourmenté de multiples façons dans son refuge. Toute l’Arabie est soulevée contre lui. Il est persécuté et traqué sans arrêt pendant huit années pleines. Il endure tout cela sans que sa position ne varie d’un pouce. Il est résolu, ferme et inflexible dans sa conviction.

POURQUOI TOUTE CETTE HOSTILITÉ?

On est autorisé à se demander: pourquoi son peuple est-il ainsi devenu son ennemi juré? S’étaient-ils disputés à propos d’or, d’argent ou d’autres richesses terrestres? Etait-ce dû à quelque lutte de sang? Est-ce qu’il réclamait quelque chose d’eux? NON. Toute cette hostilité venait du seul fait qu’il leur avait demandé d’adorer le Seul et Vrai Dieu et de mener une vie de droiture, de piété et de bonté. Il avait prêché contre l’idolâtrie, avait dénoncé leur mode de vie inique. Il avait sapé l’autorité du clergé. Il avait fulminé contre toutes les distinctions d’infériorité ou de supériorité entre les êtres humains, et avait condamné les préjugés le clan et de race comme étant les signes d’un esprit ignorant; et il voulait changer la structure complète de la société, qui datait des temps immémoriaux. A leur tour, ses compatriotes lui dirent que les principes de sa mission étaient contraires à leurs traditions ancestrales et lui demandèrent d’y renoncer, sous peine des pires conséquences. On peut demander: pourquoi endura-t-il toutes les difficultés? Sa nation offrit de le prendre pour roi et de déposer à ses pieds toutes les richesses du pays, à condition qu’il abandonnât sa prédication et son message. Mais il choisit de refuser toutes les offres les plus tentantes et de souffrir pour sa cause. Pourquoi? Avait-il un profit à voir ces gens devenir pieux et intègres? Pourquoi ne se souciait-il pas des richesses? Du luxe, de la royauté, de la gloire, de la fortune? Est-ce qu’il cherchait des biens matériels tellement élevés, que ces propositions paraissaient insignifiantes en comparaison? Est-ce que ces gains étaient si alléchants qu’il pouvait choisir de subir le feu, l’épée, de supporter avec équanimité les tortures du corps et de l’âme pendant des années? Il faut longuement méditer là-dessus pour trouver une réponse [Le prophète Mohammad (pbAsl) eut à subir des tempêtes d'adversité sur le chemin de la vérité. Il supports toutes les oppositions et les persécutions le sourire aux lèvres. Il resta terme et inébranlé par la critique ou la violence. Quand les indignes comprirent que les menaces n'effrayaient pas cet homme et que les plus sévères tribulations ne le faisaient pas changer d'un pouce, ni lui ni ses disciples, ils essayèrent un autre stratagème qui devait échouer lui aussi. Une délégation des principaux Quraych se rendit devant le saint prophète et essaya de le corrompre en lui offrent toute la gloire terrestre qu'on peut imaginer. Ils dirent: "Si tu veux posséder la richesse, nous t'en apporterons autant que tu en désires; si tu aspires aux honneurs et à la puissance, nous sommes prêts à te jurer obéissance comme à notre seigneur et roi. Si tu aimes la beauté, tu auras la main des plus belles vierges de ton choix". Mais ils voulaient qu'il abandonnât sa mission. Les propositions étaient extrêmement alléchantes pour n'importe quel être humain. Mais elles n'avaient pas de sens aux yeux du prophète. Sa réponse tomba comme la foudre sur la délégation des chefs arabes. Ils croyaient avoir joué leur atout maître, mais ils turent déçus. Le saint prophète dit: " Je ne veux ni richesse ni puissance. J'ai été désigné par Dieu pour avertir l'humanité. Je vous transmets Son message. Si vous l'acceptez vous aurez joie et félicité sur cette terre et le bonheur éternel dans l'autre vie. Si vous rejetez la parole de Dieu, Dieu décidera entre vous et moi". Une autre fois, il dit à son oncle qui sous la pression des chats arabes, essayait de le persuader de renoncer à ce mission. O mon oncle, même s'ils plaçaient le soleil dans ma main droite, et la lune dans me main gauche, je ne renoncerai pas. Je n’abandonnerai pas, jusqu'à ce qu'il plaise à Dieu de faire que je triomphe, ou que je périsse en essayant". Tel était le prophète de l’islam]. Peut-on imaginer un plus haut exemple de sacrifice de soi, de sympathie, de générosité de cœur pour ses semblables, que celui de cet homme qui gâche son propre bonheur pour le bien des autres, tandis que ces gens même le lapident, l’insultent, le bannissent, ne lui font pas grâce même dans son exil, et que malgré tout, il refuse d’arrêter de lutter pour leur bien-être?   S’il avait été de mauvaise foi aurait-il pu endurer tant de souffrances pour une cause inconsistante? Est-ce qu’un spéculateur ou un visionnaire malhonnête aurait pu faire preuve d’une telle fermeté, s’accrocher à son idéal jusqu’au bout, rester serein et déterminé face à tous les dangers et tortures imaginables, alors qu’un pays tout entier se dressait en armes contre lui? Cette foi, cette persévérance, cette résolution avec lesquelles il conduisit son mouvement au succès final, sont par conséquent des preuves éloquentes de la véracité suprême de sa cause. S’il y avait eu la moindre trace de doute et d’incertitude dans son cœur, il n’aurait jamais pu braver la tempête qui se déchaîna pendant vingt et une longues années. Ceci est l’un des aspects de la révolution qui s’opéra en lui. L’autre aspect est encore plus merveilleux.

UN HOMME TRANSFORMÉ A QUARANTE ANS. POURQUOI?

Pendant quarante ans, il vécut comme un Arabe parmi les Arabes. Pendant cette période, il ne se distingua ni comme chef d’état, ni comme prédicateur, ni comme orateur. Personne ne l’avait entendu proférer des perles de sagesse et de connaissance comme il commença à le faire par la suite. On ne l’avait jamais vu discourant sur les principes de métaphysique, d’éthique, de droit, d’économie et de sociologie. Non seulement il n’était pas un grand général, mais il n’était même pas un simple soldat. Il n’avait jamais dit une parole sur Dieu, les anges, les livres révélés, les prophètes anciens, les nations disparues, le jour du jugement, la vie après la mort, le ciel et l’Enfer. Il est vrai qu’il possédait un excellent caractère et des manières charmantes, il était hautement cultivé, cependant il n’y avait rien en lui de remarquable qui eut pu laisser présager quelque chose de grand et de révolutionnaire de sa part dans le futur. Il était connu parmi ses connaissances comme un citoyen sobre, calme, aimable, respectueux des lois et bien disposé. Quand il revint de la grotte avec un nouveau message, il était complètement transformé. Quand il se mit à prêcher son message, toute l’Arabie fut stupéfaite, étonnée par sa merveilleuse éloquence et ses talents d’orateur. C’était si impressionnant et captivant que ses pires ennemis redoutaient de l’entendre, de peur qu’il ne touchât profondément leur cœur, que cela ne les transportât et leur fit abandonner leurs vieilles religions et leurs vieilles conceptions. C’était si incomparable que personne parmi les poètes, les prédicateurs et les orateurs arabes de la plus haute volée, n’arriva à produire quelque chose approchant la beauté de son langage, et la splendeur de sa diction, lorsqu’il mit ses adversaires au défi de produire, même en se groupant, le moindre vers comparable à ce qu’il récitait.Jetons un coup d’œil sur la carte du monde. Nous nous apercevons qu’il n’y avait pas de pays plus approprié que l’Arabie pour cette religion universelle devenue si nécessaire. L’Arabie est située entre l’Asie et l’Afrique, pas trop loin de l’Europe. A l’époque de Mohammad, la partie méridionale de l’Europe était habitée par des nations civilisées et culturellement développées et ainsi, ces peuples se trouvaient à distance à peu près égale de l’Arabie que les peuples de l’Inde. Ceci donnait en Arabie une position centrale. Si vous étudiez l’histoire de cette époque, vous verrez également qu’aucun autre peuple n’était plus approprié pour recevoir l’apostolat que les Arabes. Les grandes nations du monde avaient combattu sans merci pour la suprématie mondiale, et dans cette longue et incessante lutte, avaient épuisé toutes leurs ressources et leur vitalité. Les Arabes étaient un peuple neuf et viril. Le soi-disant progrès social avait produit de mauvaises habitudes parmi les nations développées tandis que parmi les Arabes, il n’existait pas de telle organisation sociale. Ils étaient par conséquents dénués de la paresse, de l’avilissement, et des vices nés du luxe et de la satiété sensuelle. Les Arabes païens du VIIème siècle n’avaient pas été affectés par les mauvaises influences des systèmes sociaux et de la civilisation artificielle des grandes nations du monde. Ils possédaient toutes les qualités humaines saines d’un peuple non atteint par le “progrès social” du temps. Ils étaient courageux, généreux, fidèles à la parole donnée, épris de liberté, politiquement indépendants, libres de toute hégémonie. Ils vivaient une vie frugale, sans connaître le luxe ou la licence. Sans doute, il y avait bien des aspects répréhensibles dans leur vie également, comme nous le verrons plus loin, mais la raison en était que depuis des millénaires aucun prophète ne s’était manifesté parmi eux, aucun réformateur pour les civiliser et expurger leur vie morale de toutes ses impuretés. Des siècles de vie libre et indépendante, dans des déserts de sable, les avaient rendus extrêmement ignorants. Ils étaient par conséquent si endurcit et ancrés dans leur tradition d’ignorance, que les humaniser n’étaient pas la tâche d’un homme ordinaire. Mais d’un autre côté, si quelqu’un doté de pouvoirs extraordinaires allait les inviter à se réformer, et leur donnait un noble idéal et un programme complet, ils étaient prêts à écouter son appel, et à œuvrer avec bonne volonté vers un tel but, sans reculer devant aucun sacrifice pour cette cause. Ils étaient prêts à faire face, sans le moindre regret, à l’hostilité du monde entier pour la cause de leur mission. Et en vérité, c’était bien un tel peuple, jeune, plein de force, viril, qui était nécessaire pour répandre les enseignements du prophète universel: Mohammad (pbAsl). Considérez ensuite la langue arabe: si vous l’étudiez, si vous étudiez la littérature arabe, vous serez convaincu qu’il n’y avait pas de langue plus appropriée pour exprimer des idéaux élevés, pour expliquer les problèmes les plus subtils et les plus délicats de la connaissance divine, pour toucher le cœur de l’homme et l’incliner à la soumission à Dieu. Des phrases courtes suffisent à exprimer tout un monde d’idées et en même temps à imprimer une telle marque dans le cœur que leur simple son vous amène aux larmes et à l’extase. Elles sont, douces comme le miel, si harmonieuses qu’elles font vibrer de leur musique toutes les fibres du corps humain. C’est une telle langue si riche et si puissante qui était nécessaire pour le Qur’âne, la Sainte Parole de Dieu. C’est donc une manifestation supplémentaire de la grande sagesse divine que d’avoir choisi la terre d’Arabie comme lieu de naissance du prophète universel. Voyons maintenant combien était unique et extraordinaire la personnalité bénie que Dieu choisit pour cette mission de prophète universel. Si l’on pouvait fermer les yeux et se reporter dans le monde d’il y a mille quatre cents ans, on verrait que c’était un monde complètement différent du nôtre, n’offrant pas la moindre ressemblance avec le chaos qui nous entoure. Les occasions d’échanger des idées étaient rares, les moyens de communications primitifs et insuffisants, la connaissance humaine, réduite et étroite dans sa conception, baignait dans une atmosphère de superstition et d’idées folles et perverties. Les ténèbres régnaient. La somme des connaissances de l’époque n’était pas suffisante pour illuminer l’horizon de l’esprit humain. Il n’y avait ni radio, ni téléphone, ni télévision, ni cinéma. Les trains, les voitures et les avions n’étaient même pas concevables, et l’on ignorait tout de l’imprimerie et de l’édition. Des manuscrits, œuvres des copistes, fournissaient seuls le rare matériel littéraire à transmettre d’une génération à l’autre. L’instruction était un luxe, réservé aux plus fortunés, et les écoles étaient extrêmement rares. La somme des connaissances humaines était peu importante. L’homme avait une conception étroite et ses idées sur lui-même et sur la création se bornaient à son horizon limité. Même un savant de cette époque était dépourvu, à certains égards, du savoir possédé par le commun des mortels aujourd’hui. Et les gens les plus cultivés étaient moins raffinés que l’homme de la rue maintenant. Vraiment l’humanité était plongée dans l’ignorance et la superstition. La faible lueur de connaissance qui existait alors semblait livrer un combat perdu d’avance contre les ténèbres qui triomphaient alentour. Ce qui est aujourd’hui considéré comme un niveau moyen d’instruction, pouvait difficilement être atteint en ces temps-là, même après des années de recherche et de réflexion patientes. Les gens entreprenaient des voyages hasardeux et passaient toute leur vie à acquérir le peu d’instruction qui est aujourd’hui l’apanage de tous. Les choses qu’on appelle maintenant mythes et superstitions étaient à cette époque des vérités indiscutées. Les actes considérés aujourd’hui comme haïssables et barbares étaient alors tout à fait normaux. Des méthodes odieuses à notre actuel sens de la morale, constituaient la base même de la moralité, et on ne pouvait imaginer en ce temps-là qu’il puisse exister d’autre genre de vie. L’incrédulité avait pris de telles proportions et s’était tellement étendue que les gens ne considéraient comme élevé et sublime que le surnaturel, l’extraordinaire, le mystérieux et même l’insensé. Ils avaient acquis un tel complexe d’infériorité, qu’ils ne pouvaient imaginer qu’un être humain pût posséder une âme divine, ou qu’un saint fût fait homme.

Apostolat – 2 – Bref historique

BREF HISTORIQUE

Examinons maintenant l’histoire de l’apostolat. Voyons quels furent les premiers maillons de cette longue chaîne de prophètes qui aboutit à l’apostolat du dernier des prophètes, Mohammad (pbAsl). La race humaine est issue d’un seul homme Adam. C’est à partir de lui et de sa postérité que la famille humaine s’est agrandie et multipliée. Tous les êtres humains en ce monde sont les descendants de ce couple originel: Adam et Eve. L’histoire et la religion sont d’accord sur ce point [c’est une conception révolutionnaire très importante. Sa conséquence logique est l'unité de l’humanité et l’égalité entre tous les êtres humains. Il est stupide de faire une discrimination fondée sur de notions de classe, de couleur, de race ou de territoire. A une époque où le nationalisme, le racisme étroit, et l'antisémitisme sanglant déchirent le monde, cette croyance en l'unité de l'humanité est une réconfortante lueur d'espoir pour le futur]. Des investigations scientifiques sur l’origine de l’homme n’ont jamais pu démontrer qu’à l’origine ont apparu différents hommes, simultanément ou à des moments différents, dans différentes parties du globe. La plupart des savants supposent qu’un premier homme aurait d’abord existé, et que la race humaine tout entière serait issue de ce même homme. Adam, le premier homme sur la terre, fut également le premier prophète de Dieu qui lui révéla Sa religion – l’islam – et lui ordonna de la transmettre à ses descendants de leur enseigner qu’Allah est Un, le Créateur, le Soutien du monde qu’il est le Seigneur de l’Univers, et Lui seul doit être adoré et obéi que c’est vers Lui qu’ils devront retourner un jour; qu’à Lui seul ils doivent demander de les secourir, qu’ils devraient mène une vie pieuse et honnête, qui plaise à Dieu. S’ils vivaient ainsi, ils seraient bénis par Dieu et récompensés comme ils le méritent, mais s’ils se détournaient de Lui, et Lui désobéissaient, ils seraient perdants dans cette vie comme dans l’autre, et sévèrement punis pour cette incrédulité et cette désobéissance. Les meilleurs parmi les descendants d’Adam suivirent le droit chemin indiqué par leur père mais les méchants abandonnèrent ses enseignements et dérivèrent graduellement dans des directions erronées. Certains se mirent à adorer le soleil, la lune, les étoiles; d’autres, les arbres, les animaux et les fleuves. Certains crurent que l’air, l’eau, le feu, la santé, tous les bienfaits et les forces de la Nature étaient les attributs de dieux divers et qu’il fallait tous les adorer pour se concilier leurs grâces. De cette manière, l’ignorance produisit de nombreuses formes de chirk ou polythéisme et d’idolâtrie, et les religions se multiplièrent. C’était l’époque où la descendance d’Adam s’était largement répandue à la surface du globe et avait formé plusieurs races et nations. Chaque nation s’était constitué sa propre religion, avec ses cultes et ses rites propres. Dieu – le seul Seigneur et Créateur de l’humanité et de l’univers – était complètement oublié. Bien pis, les descendants d’Adam oublièrent jusqu’au genre de vie qui leur avait été prescrit par Dieu et que leur grand ancêtre leur avait enseigné. Ils avaient suivi leurs propres tendances. Les pratiques mauvaises et les idées erronées se multiplièrent. Les hommes commencèrent à ne plus savoir distinguer le bien du mal; beaucoup de mauvaises choses furent considérées comme bonnes, et beaucoup de bonnes choses étaient non seulement ignorées mais considérées comme mauvaises [Cette conception de l’histoire des religions est diamétralement opposée à la conception appelée évolutionniste de la religion, qui considère l’adoration de la nature comme le premier stage; ces personnes s’arrêtent aux manifestations de l’adoration de la nature dans les sociétés primitives, mais ne tentent pas d’explorer les formes encore plus anciennes dont celle adoration n’est que la forme corrompue et pervertie. Des études scientifiques plus récentes confirment l’idée que le Tawhîd (adoration d'un seul dieu) fut la forme la plus ancienne d’adoration et que toutes les autres formes sont des déviations plus tardives de cette religion universelle. Ceux qui désirent approfondir ce sujet, peuvent consulter le remarquable traité du Professeur W Schmidt - The Origin and Growth of Religions - (traduction anglaise de H.-J. Rose. London, Methuen)]. A ce stade, Dieu commença à susciter des prophètes parmi chaque nation, qui prêchèrent l’islam, Chacun rappela à son peuple la leçon qu’il avait oubliée. Ils leur enseignèrent l’adoration de Dieu, mirent fin à l’idolâtrie et à la pratique du chirk (associer d’autres divinités à Dieu) se débarrassèrent de toutes les coutumes issues de l’ignorance, leur inculquèrent le mode de vie qu’il convient de pratiquer pour plaire à Dieu, et leur donnèrent des codes de lois pour vivre en société. Les prophètes de Dieu furent suscités dans tous les pays, parmi tous les peuples. Ils professaient tous la même religion – l’islam [Il existe une conception très erronée, répandue surtout parmi les écrivains occidentaux, selon laquelle l’islam doit son origine au prophète Mohammad (pbAsl) et certains vont même jusqu’à l'appeler - le fondateur de l’islam - C’est un travesti de la vérité. L’islam a été la religion de tous les prophètes de Dieu, et tous ont apporté le même message. Les prophètes n’ont pas été les fondateurs de l’islam: ils en ont été les messagers. L'islam est la Révélation Divine transmise à l'humanité par les vrais prophètes]. Sans doute, les méthodes d’enseignement et les codes de lois des divers prophètes différaient selon les besoins et le niveau de culture du peuple auquel ils étaient destinés. Les enseignements particuliers de chaque prophète étaient déterminés par les maux auxquels ils devaient être confrontés et qu’ils essayaient d’extirper. Les méthodes de réforme différaient aussi pour être mieux à même de combattre telle ou telle idée. Si une nation n’avait atteint qu’un stade encore assez primitif de sa civilisation et de son développement intellectuel, les lois et les principes des prophètes étaient simples; ils se modifiaient et s’amélioraient en fonction de l’évolution et de la progression de la société. Ces différences cependant sont purement formelles et superficielles. Les enseignements fondamentaux de toutes les religions étaient les mêmes: croyance en l’unicité de Dieu, vie pieuse, vertueuse et paisible, croyance en une vie après ta mort avec son juste système de récompense et de châtiment. L’attitude de l’homme envers les vrais prophètes de Dieu a été bien étrange. D’abord, il les maltraita, et refusa d’écouter et de suivre leurs enseignements. Certains prophètes furent exilés, d’autres assbslsinés; d’autres face à l’indifférence du peuple, continuèrent à prêcher toute leur vie, pour ne gagner qu’une poignée de disciples. Au milieu de l’opposition, de la dérision, des humiliations lassantes auxquelles ils étaient perpétuellement sujets, ces apôtres de Dieu cependant n’abandonnèrent pas la prédication. Leur détermination patiente triompha finalement leur enseignement ne resta pas sans effet. D’importants groupes de peuples et de nations acceptèrent leur message et se convertirent à leurs idées. Les erreurs nées de siècles de déviation, d’ignorance et de pratiques mauvaises prirent alors une autre forme tant: que les prophètes furent en vie, leurs enseignements furent suivis et acceptés, mais après leur mort, les nations réintroduisirent leurs vieilles erreurs dans leurs religions et altérèrent les directives des prophètes. Ils adoptèrent des formes nouvelles d’adoration; certains se mirent même à adorer leur prophète, en firent tantôt les incarnations de Dieu, tantôt les fils de Dieu; certains associèrent même leurs prophètes avec Dieu dans la divinité. Bref, les diverses attitudes qu’adopta l’homme à cet égard étaient un travesti de sa raison et une dérision; il idolâtra les personnes même dont la mission sacrée avait été de détruire les idoles. En mélangeant la religion, la coutume et les rites de l’ignorance, les anecdotes fausses et sans fondement et des lois inventées par eux-mêmes, les hommes changèrent et pervertirent à un tel point l’idéologie des prophètes. qu’après plusieurs siècles, elle était devenue un mélange de réel et de fiction, et les enseignements des prophètes disparurent dans un conglomérat de perversions et de fiction, au point qu’il était impossible de distinguer le grain de la balle. Et, non contents de corrompre les enseignements des prophètes, ils introduisirent des anecdotes inventées et des traditions apocryphes aux vies de leurs prophètes, et défigurèrent à un tel point leurs biographies qu’il devint impossible d’en faire un rapport exact et digne de foi. En dépit de ces corruptions ultérieures, le travail des prophètes ne fut pas complètement inutile. Parmi toutes les nations, en dépit de toutes les interpolations et altérations, il est resté quelques traces de la Vérité. L’idée de Dieu et de la vie qui suit la mort, quelques principes de bonté et de moralité, ont été définitivement adoptés et assimilés sous une forme ou une autre par tous les peuples. Les prophètes ont donc préparé moralement leurs peuples respectifs à recevoir une religion universelle – une religion en harmonie parfaite avec la nature humaine, qui fût la somme de tout ce qu’il y avait de bon dans les croyances et les sociétés antérieures, et communément acceptable par l’humanité tout entière. Comme nous l’avons déjà dit, au commencement des prophètes différents apparurent dans chaque nation, et leur enseignement était conçu spécialement pour convenir à chaque peuple. La raison en était qu’à ce stade de l’histoire, les nations vivaient séparées et tellement isolées les unes des autres que chacune restait confinée à l’intérieur de ses limites géographiques et que les possibilités d’échange étaient pratiquement inexistantes. Dans de telles circonstances, il était extrêmement difficile de propager une Foi Mondiale commune avec un système commun de lois et de règles pour la vie sur cette terre. D’ailleurs, les conditions générales des nations de l’Antiquité variaient énormément entre elles. L’ignorance était immense et avait produit selon les peuples des formes différentes d’aberrations morales et de corruption de la foi. Il était donc nécessaire que différents prophètes fussent suscités pour leur prêcher la Vérité et les gagner à la voie du Seigneur; pour éliminer progressivement les maux et les aberrations, les arracher à leur ignorance, leur enseigner à pratiquer les nobles principes d’une vie simple, pieuse et honnête, et aussi les éduquer dans les arts et les métiers de la vie. Dieu seul sait combien de siècles s’écoulèrent ainsi à éduquer l’homme et à le faire progresser mentalement, moralement et spirituellement. De toute façon, l’homme ne cessa de progresser, et finalement il arriva le temps où il quitta le stade de l’enfance, et atteignit la maturité. Avec le progrès et le développement du commerce, de l’industrie et des arts, des relations s’établiront entre les nations. De la Chine et du Japon, des lointaines terres d’Europe et d’Afrique, des itinéraires réguliers furent ouverts sur terre comme sur mer. Beaucoup de gens apprirent à lire et à écrie l’instruction augmenta. Les idées et le savoir commencèrent à se communiquer de pays à pays. De grands conquérants apparurent: ils étendirent leurs conquêtes, constituèrent de vastes empires et réunirent sous la même domination des nations très différentes. Ainsi, les peuples se rapprochèrent et les différences s’estompèrent. Les conditions se trouvaient ainsi réunies pour qu’une foi unique préconisant un mode de vie universel, répondant à tous les besoins humains, moraux, spirituels, sociaux, culturels, politiques, économiques et autres des hommes, et comprenant à la fois des éléments religieux et séculiers, fût envoyée par Dieu à l’humanité tout entière. Il y a plus de deux mille ans, l’humanité avait un stade de développement mental qui aspirait à une religion universelle Le Bouddhisme, qui ne comprenait que quelques principes moraux, mais n’était pas un système de vie complet, prit naissance en Inde, s’étendit jusqu’au Japon et la Mongolie d’une part, et en Afghanistan et à Bakhara d’autre part. Ses missionnaires parcoururent le monde. Quelques siècles plus tard, le christianisme apparut. Bien que la religion enseignée par Jésus-Christ (la paix soit sur lui) ne fût autre que l’islam, ses disciples et partisans la réduisirent à un mélange appelé christianisme, et cette religion, manifestement destinée aux seuls Israélites, fut répandue dans les contrées reculées de la Perse et de l’Asie Mineure, d’Europe et d’Afrique. Ces événements prouvent clairement que les conditions de cette époque exigeaient une religion commune à toute l’humanité, et le besoin s’en faisait sentir si fort, qu’à défaut de religion véritable et complète les hommes commencèrent à embrasser les religions existantes, tout imparfaites qu’elles fussent. A un stade aussi crucial de la civilisation, quand l’esprit humain lui-même exigeait une religion mondiale, un prophète fut suscité en Arabie pour le monde entier et pour toutes les nations. La religion qu’il fut chargé de propager était à nouveau l’islam, mais cette fois sous la forme d’un système complet, achevé, s’appliquant à tous les aspects de la vie matérielle et individuelle de l’homme. Il fut fait prophète de toute la race humaine, et sa mission s’étendait au monde entier. C’est Mohammad, le prophète de l’islam (pbAsl).

Apostolat – 1 – Sa nature et sa nécessité

Vous pouvez voir que Dieu a très gracieusement fourni à l’homme tout ce dont il a besoin dans cet univers. Le nouveau-né vient au monde avec des yeux pour voir, des oreilles pour entendre, un nez pour sentir et respirer, des mains pour toucher, des pieds pour marcher, et un esprit pour penser et réfléchir. Toutes les facultés et pouvoirs dont il pourra avoir besoin quand il sera un homme, ont été merveilleusement logés dans son petit corps. Les moindres besoins ont été prévus, rien n’a été oublié. Il en est de même dans l’univers où il vit, Tout ce qui est essentiel à son existence y est fourni en abondance – air, lumière, chaleur, eau, etc. Du jour où il ouvre les yeux, l’enfant trouve sa nourriture dans le sein de sa mère. Ses parents l’aiment instinctivement, et dans leur cœur a été implanté l’instinct protecteur qui les incite à l’élever et à sacrifier leur bien-être pour le sien propre. Ainsi, affectueusement protégé, l’enfant atteint la maturité et à chaque stage de sa vie trouve dans la nature tout ce dont il a besoin. Toutes les conditions matérielles de survie et de croissance lui sont fournies et il peut se rendre compte que l’univers tout entier est à son service et le sert à chaque instant. Bien plus, l’homme a la chance de disposer de tous les pouvoirs et facultés – physiques, mentaux et moraux – dont il a besoin dans sa lutte pour la vie. A ce propos, Dieu a pris des dispositions merveilleuses: Il n’a pas réparti les dons strictement également entre les hommes. S’il l’avait fait, cela aurait rendu les hommes totalement indépendants les uns des autres et aurait ainsi nui à la conception de coopération et d’entraide. Donc, bien que l’humanité dans son ensemble dispose de tout ce dont elle a besoin, entre les hommes cependant les facultés sont distribuées inégalement et avec parcimonie. Certains ont une grande force physique, d’autres se distinguent par leurs capacités intellectuelles. Certains sont nés avec une grande aptitude pour les arts, la poésie, la philologie, d’autres ont des talents d’orateur, ou le sens de la stratégie, des dons pour le commerce, l’esprit mathématique, la curiosité scientifique, l’observation littéraire, un penchant pour la philosophie… Ces aptitudes particulières distinguent chaque homme, et lui permettent de saisir les subtilités qui échappent au commun des mortels. Ces institutions, ces aptitudes et ces talents sont des dons de Dieu. Ils sont dans la nature de ceux que Dieu a destinés à être ainsi distingués. Ces dons sont innés et ne peuvent s’acquérir par l’entraînement ou l’éducation. Si l’on songe à cette répartition des dons divins, on s’aperçoit qu’elle a été merveilleusement faite. Les capacités qui sont essentielles pour la survie de la culture humaine ont été données à l’homme moyen. tandis que les talents extraordinaires qui ne sont nécessaires que dans une mesure moindre, ont été donnés seulement à un petit groupe de gens. Il y a un grand nombre de soldats, de paysans, d’artisans, d’ouvriers; mais les chefs militaires, les savants, les hommes d’état et les intellectuels sont relativement peu nombreux. Il en est de même dans tous les domaines. La règle générale semble être la suivante plus une faculté est développée, plus le génie est grand, moins il y a de gens qui le possèdent. Les grands génies qui laissent une empreinte ineffaçable sur l’histoire humaine et dont les exploits ouvrent la voie à l’humanité pendant des siècles, sont encore bien moins nombreux. Ici se pose une autre question l’humanité a-t-elle besoin d’experts et de spécialistes uniquement dans le domaine du droit, de la politique, de la science, des mathématiques. de la technique, de la mécanique, des finances, de l’économie. ou bien a-t-elle également besoin d’hommes qui puissent lui indiquer le Droit Chemin – la voie de Dieu et du salut? D’autres experts font connaître à l’homme tout ce qui existe dans l’univers, ainsi que les moyens et les méthodes pour les utiliser. Sans doute faut-il quelqu’un pour expliquer à l’homme quel est le but suprême de cette création et la signification de la vie, qu’est-ce que l’homme lui-même, pourquoi il a été créé qui lui à fourni les pouvoirs et les ressources dont il dispose, et pourquoi, quel est l’idéal ultime de la vie et comment y parvenir, quelles sont les valeurs réelles et comment les atteindre. Voilà quel est le besoin primordial de l’homme et s’il ignore cela, il ne trouvera jamais de base solide ni ne réussira dans cette vie comme dans la vie future. Notre raison se refuse à croire que Dieu qui a tout prévu pour l’homme, jusqu’au plus banal de ses besoins, ait pu omettre de pourvoir à ce besoin, le plus grand et le plus vital d’entre tous. Il ne peut en être ainsi. Et il n’en est pas ainsi. Dieu a produit des hommes éminents dans les arts et dans les sciences, mais il a également suscité des hommes à l’intuition profonde, clairvoyants et aptes à connaître et assimiler. C’est à eux qu’Il a lui-même révélé le chemin de la piété et de la vertu. Il leur a expliqué les buts de la vie et les valeurs morales, et leur a confié la mission de communiquer la Divine Révélation aux autres êtres humains et de leur montrer le Droit Chemin. Ces hommes sont les Prophètes, les Messagers de Dieu. Les Prophètes se distinguent dans la société humaine par leurs aptitudes spéciales, leurs extraordinaires capacités et leurs aptitudes naturelles. Le génie ne se réclame que de lui-même et convainc automatiquement les autres. Par exemple, quand on écoute un vrai poète, on reconnaît de suite son génie extraordinaire. ceux qui ne possèdent pas naturellement ce talent n’arriveront jamais à atteindre cette excellence même en essayant de toutes leurs forces. De même pour les orateurs, les écrivains, les chefs, les inventeurs nés. Chacun de ces talents se remarque par son ampleur et ses résultats extraordinaires. Les autres ne peuvent soutenir la comparaison. De même avec le prophète. Son esprit saisit des problèmes qui échappent aux autres cerveaux; il explique les sujets que personne ne peut aborder; son intuition éclaire des questions si subtiles et si compliquées que personne ne réussirait à comprendre, même après des années de réflexion et de méditations profondes. La raison approuve tout ce qu’il dit; le cœur sent que cela est vrai; l’expérience et les observations des phénomènes du monde attestent toutes la véracité de ses paroles. Mais si nous essayons nous-mêmes d’en faire autant, c’est un échec. La nature et les dispositions du prophète sont si bonnes et si pures que son attitude est toujours digne de confiance, honnête et noble. Il ne commet pas de mal, ni ne profère de mauvaises paroles. Il indique toujours la vertu et pratique lui-même ce qu’il prêche aux autres. En aucun cas sa vie n’est en désaccord avec ses idéaux. Ni ses paroles ni ses actes ne sont dictés par l’intérêt personnel. Il souffre pour le bien des autres, sans attendre de réciproque. Sa vie tout entière est un exemple de vérité, de noblesse, de pureté de nature, de pensée élevée, de la forme la plus exaltée d’humanité. Son caractère est irréprochable et sa vie est exempte de faiblesses. Tous ces faits, tous ces attributs prouvent qu’il est le prophète de Dieu et qu’on peut avoir foi en lui. Quand il devient évident que telle personne est le véritable prophète envoyé de Dieu, il est par-là même logique d’écouter ses paroles, de suivre ses instructions, d’exécuter ses ordres. Il serait tout à fait illogique de reconnaître un homme comme vrai prophète de Dieu, et ensuite de ne pas croire en ce qu’il dit ou de ne pas suivre ce qu’il ordonne car l’acceptation même de cet homme comme un prophète envoyé de Dieu signifie que l’on admet que ses paroles viennent de Dieu, et que toutes ses actions sont en conformité avec la volonté et le Plaisir de Dieu. Lui désobéir, c’est désobéir à Dieu, et désobéir à Dieu n’amène que ruine et désolation. C’est pourquoi la reconnaissance même du prophète vous oblige à vous incliner devant ses instructions et les accepter sans murmurer quelles qu’elles soient. Peut-être ne pourrez-vous pas saisir la sagesse ou l’utilité de tel ou tel ordre, mais le fait même qu’une instruction émane du prophète est une garantie suffisante de sa véracité, et il ne saurait y avoir la place pour le doute ou la suspicion. Si vous ne le comprenez pas cela ne veut pas dire qu’il a fait une erreur, car la compréhension de l’homme ordinaire n’est pas parfaite. Elle a ses limitations qui ne peuvent être ignorées. Il est évident que celui qui ne connaît par un art à fond, ne peut en saisir les subtilités, mais il serait stupide de rejeter ce que dit un expert simplement parce qu’on ne comprend pas parfaitement son jugement! Il faut noter que dans toutes les affaires importantes de ce monde, on a besoin des conseils d’un expert, et lorsque vous vous adressez à lui, vous lui faites confiance. Vous préférez ne pas juger par vous-mêmes mais suivre ses conseils. Tout le monde ne peut exceller dans tous les arts et les métiers. Les gens ordinaires font de leur mieux, et pour les choses qu’ils ignorent, emploient toute leur sagesse et leur sagacité à trouver l’homme qualifié qui pourra les guider et les aider une fois qu’ils l’ont trouvé, ils acceptent et suivent ses conseils. Quand vous êtes persuadé que telle personne est l’homme le plus qualifié pour le problème qui vous occupe, vous sollicitez ses conseils et directives et vous lui faites confiance. L’interrompre à chaque instant pour dire: “Expliquez-moi cela avant d’aller plus loin”, sera évidemment ridicule. Quand vous engagez un homme de loi pour un litige, vous ne vous mêlez pas de ce qu’il fait à chaque nouvelle procédure. Il vaut mieux lui faire confiance et suivre ses conseils. Pour un traitement médical, vous allez consulter le médecin, et vous vous conformez à ses instructions. Vous n’intervenez pas dans les questions médicales et vous n’exercez pas vos dons de logicien à argumenter avec le médecin. C’est la conduite qu’il convient d’adopter dans la vie. Il doit en être de même en matière de religion. Vous avez besoin de connaître Dieu, et de trouver le mode de vie qui peut Lui plaire; et vous n’avez pas de moyens d’acquérir cette connaissance. Il vous incombe par conséquent à chercher un vrai prophète de Dieu et il vous faudra user de soin infini, de discernement et de sagacité dans cette recherche, car si vous choisissez personne qui n’est pas un vrai prophète, il vous entraînera sur la mauvaise voie. Si, cependant, après avoir mûrement pesé et réfléchi, vous finissez par décider que telle personne est réellement le prophète envoyé de Dieu, alors vous devez lui faire entièrement confiance et obéir fidèlement à toutes ses instructions. Maintenant il est clair que le Droit Chemin est celui, et celui seul que le prophète déclare venir de Dieu. On comprendra aisément que la foi et l’obéissance au prophète sont absolument vitales pour tout le monde, et qu’un homme qui rejette les instructions du prophète et essaie de se frayer lui-même une route, dévie du Droit Chemin, et est sûr de s’égarer. En cette matière, les hommes se sont rendus coupables d’étranges erreurs. Certains ont admis que le Prophète était intègre et digne de confiance, mais n’avaient pas l’îmân (la foi an lui) ni ne suivaient ses conseils pour diriger leur vie. Ils sont non seulement des Kâfirs mais aussi se comportent d’une manière très imprudente et illogique: car ne pas écouter le prophète après l’avoir reconnu comme tel, signifie que l’on s’engage volontairement dans l’erreur. Peut-il y avoir de plus grande folie! D’autres ont déclaré: “Nous n’avons pas besoin de prophète pour nous guider et nous pouvons trouver nous-mêmes le chemin de la vérité”. Ceci est également une vue erronée. Vous avez probablement étudié la géométrie, et vous savez qu’entre deux points il ne peut y avoir qu’une ligne droite, et une seule, et que toutes les autres lignes sont courbes ou alors ne touchent pas les deux points à la fois. C’est la même chose pour le chemin de la vérité, qui dans le langage de l’islam s’appelle “Sirât Al-multaqîm” (la route droite). Ce chemin part de l’homme et va droit à Dieu, et il n’en existe qu’un seul et unique; tous les autres chemins sont des aberrations. Cette route droite a été tracée par le prophète et il ne peut y an avoir d’autre. L’homme qui dédaigne ce chemin et cherche d’autres voies est victime de sa propre imagination. Il choisit une voie et s’imagine que c’est la bonne, mais il se perd bientôt dans les méandres et le labyrinthe de son imagination. Que pouvez-vous penser de quelqu’un qui s’est égaré, quand une personne secourable lui montre la route à suivre, ignore complètement le conseil et déclare: “Je n’ai que faire de vos directives et ne prendrai pas le chemin que vous m’avez indiqué, mais je vais moi-même partir au hasard dans cette région inconnue et essayer d’atteindre ma destination à ma manière”? Cette manière d’agir serait vraiment stupide quand on dispose des directives lumineuses des prophètes. Si tout le monde essaie de repartir de zéro, cela sera une énorme perte de temps et d’énergie. Nous ne faisons jamais cela dans le domaine de la science ou des arts; pourquoi le faire dans le domaine de la religion? C’est une attitude assez commune et en réfléchissant un peu, on voit combien elle est erronée et défectueuse. Mais si l’on y pense un peu plus profondément, on remarque que celui qui refuse de faire confiance au vrai prophète ne découvrira pas le droit chemin, direct ou non, qui mène à Dieu. Cela, parce que celui qui refuse de suivre les conseils d’un homme épris de vérité, adopte par-là même une attitude si perverse que les perspectives de la vérité lui resteront étrangères et qu’il devient la victime de sa propre obstination, de son arrogance, de ses préventions et de sa perversité. Ce refus provient souvent d’un amour-propre mal placé, d’un conservatisme aveugle, et d’une adhésion obstinée aux traditions ancestrales, ou d’un abandon aux bas instincts dont l’assouvissement devient impossible si l’on se soumet aux enseignements des prophètes. Si un homme se trouve dans un tel état d’esprit, le chemin de la vérité lui restera fermé. Tel un malade de la jaunisse, il ne peut voir les choses avec les couleurs de la réalité. Il ne découvrira aucune route vers le salut. Mais d’autre part, si un homme est sincère, aime la vérité, et s’il n’est l’esclave d’aucun des complexes que nous venons de citer, la route de la réalité s’ouvrira devant lui, et il n’a aucune raison de rejeter les paroles du prophète. Au contraire, il découvre dans les enseignements du prophète l’écho même de sa propre âme, et se découvre en découvrant le Prophète. Et par-dessus tout, le vrai prophète est suscité par Dieu lui-même. C’est Lui qui l’a envoyé vers l’humanité pour transmettre Son message à Son peuple. Dieu lui-même nous ordonne d’avoir foi en le prophète et de l’écouter. Donc celui qui refuse de croire en lui refuse en fait de suivre les commandements de Dieu et devient un rebelle. Il est incontestable que celui qui refuse de reconnaître l’autorité du représentant du souverain, refuse en fait celle du souverain lui-même. Cette désobéissance fait de lui un rebelle. Dieu est le Seigneur de l’univers, le vrai Souverain, le Roi des Rois, et c’est le devoir le plus strict de tout homme de reconnaître l’autorité de Ses messagers et de Ses apôtres, et de leur obéir comme à ses prophètes accrédités. Celui qui se détourne du prophète de Dieu est sûrement un Kâfir, qu’il soit croyant en Dieu ou incroyant.