Au nom d’Allah le Clément, le Miséricordieux, Louanges à Allah.

 

Cinquième épisode

 

L'émigration eut un effet exceptionnel dans l'histoire de l'islam, c'est pour cela qu'Omar Ben Al Khattab l'a prise comme date de référence du début du calendrier musulman. Ce fut la date où les musulmans cessèrent d'adopter un profil bas et le début de leur réussite.

Anas rapporte :

Le jour où le prophète entra à Médine, tout y devint illuminé et quand il mourru tout y devint terne, et quand nous finirent de l'enterrer nos coeurs commencèrent à être en peine.

Après son hégire, le prophète s’affaira à l’établissement des fondations de l’état islamique. Elles sont représentées par trois étapes :
La construction d’une mosquée
La fraternité et le pacte liant les Muhadjirins aux Ansars
La rédaction d’une constitution définissant les relations entre croyants et non musulmans.

 

1. La construction d’une mosquée
Lorsque le prophète arriva à Médine sa chamelle s’agenouilla dans un endroit appartenant à deux orphelins ansarites qui étaient sous la tutelle d’Asad Ibn Zurarah et qui avait adopté ce même emplacement comme lieu de prière et où il se rendait régulièrement avec ses compagnons pour prier. Le prophète devait y construire une mosquée, il insista pour payer le prix du terrain aux deux orphelins qui voulaient le lui offrir en cadeau et leur en donna  dix dinars.

Le terrain contenait des acacias (lycium), des dattiers et de vielles tombes appartenant aux polythéistes. Le prophète ordonna que les tombes soient exhumées et les arbres coupés avant d'y construire une mosquée. Les arbres devaient être disposés en rangées à côté de la mosquée qui était dirigée vers la qibla, Jérusalem à l’époque. Les murs de la mosquée étaient faits de briques non cuites, le toit de branches de palmiers et le sol de sable et de galets. Le prophète expliqua à un compagnon qu’il n’avait pas le temps d’en consolider la construction du toit.
Le prophète participa avec ses compagnons à la construction de la mosquée qui demeura en l’état jusqu’à la fin du califat d’Abu Bakr, Omar la restitua à l’identique avec quelques arrangements, Othman la fit reconstruire avec des murs de pierres taillées et de gypse.
Après la construction de la mosquée, le prophète diriga une prière collective, puis il fit ce discours :

"Louanges à Dieu, je Le remercie et je demande Son aide, nous sollicitons la protection de Dieu contre le mal de nous même et celui de nos mauvais actes, celui que Dieu guide nul ne pourra l'égarer et celui que Dieu égare nul ne pourra le guider. Et j'atteste qu'il n'y a qu'un Seul Dieu, sans associé. Cela étant dit, ô gens faîtes le bien pour vous-même, vous savez que Dieu peut foudroyer un homme et laisser ses moutons sans gardien puis Il l'interrogera : "N'as-tu pas reçu le message de Mon prophète, ne t'ai-Je pas donné de l'argent et des biens, qu'est-ce que tu as préparé pour toi-même, alors il regardera à gauche et à droite mais il ne verra rien et il regardera devant lui et y verra l'enfer. Quiconque peut se protéger du feu même avec un morceau de datte qu'il le fasse, (ne serait-ce qu'en donnant) un bon conseil, sachez que la récompense pour un acte de bien sera multiplié par dix et (même jusqu'à) sept cent fois, que la paix soit sur vous ainsi que la miséricorde de Dieu et ses bénédictions."

Les musulmans se rassemblaient à la mosquée sans appel, mais certains arrivaient trop tôt et d'autres trop tard. Ils exposèrent le problème au prophète et certains proposèrent d'installer une grande cloche. Omar partit pour acheter du bois, mais il revint confus en disant au prophète :"Ô Messager de Dieu, j'ai eu une vision cette nuit qui me disait de ne pas prendre une cloche, mais d'annoncer la prière". Et alors qu'il disait cela, Bilal appela à la prière : "Dieu est grand, Dieu est grand". Alors il s'exclama : "Bilal répète ce que j'ai vu cette nuit", et le prophète lui dit en souriant : "La révélation est arrivée avant toi." Alors Omar lui dit : "Je ne déteste rien comme la corne des juifs et la cloche des chrétiens." Bilal a continué l'appel à la prière, et depuis les musulmans arrivèrent à l'heure pour prier.

De ces évènements, nous pouvons dire :

- D’abord nous constatons l’importance des mosquées puisque dès son arrivée le prophète en construisit une. La fraternité et le renforcement des liens ne peuvent se mettre en place sans mosquée.
A la mosquée les croyants se réunissent cinq fois par jour pour y prier et donc y partager la beauté de la foi. Un lieu pour tous les croyants dédié uniquement à son adoration et qui leur permet de renforcer leurs liens fraternels.

- L’école de jurisprudence hanafite a déduit de l’achat du terrain des deux orphelins par le prophète que certains enfants non pubères orphelins ou non sont capables d’agir d'eux-mêmes de manière responsable. Le prophète n'aurait pas discuté du prix avec eux s'il ne les avait pas considéré capables de le faire. Cependant la majorité des savants pensent que les mineurs ne sont pas considérés responsables d'eux-mêmes avant leur majorité suivant le verset 152 de la sourate 6 du saint coran :

« Et ne vous approchez des biens de l'orphelin que de la plus belle manière, jusqu'à ce qu'il ait atteint sa majorité »

Pour eux, le hadith rapporté par Ibn Uyyayanah signifie seulement que le prophète à acheter le terrain aux orphelins par l’intermédiaire de leur tuteur qui en était responsable. De plus, le prophète possède un statut particulier de gardien légal dans ce genre d'affaire,  de responsable des croyants, et pas celui d'un simple croyant parmi d’autres.

- Ce hadith nous indique que l’excavation de corps est permise comme Nawawi l’explique : « Ce hadith rend licite l’excavation de tombes qui ne sont plus visibles, à condition que le sol (qui a été) mêlé aux matières en décompositions et au sang soit enlevé, il devient alors permis d’y prier et d’y construire une mosquée. »

- Ce hadith indique également que les terrains où les tombes ne sont plus visibles peuvent être vendus, la propriété du terrain revient à son propriétaire originel et à ses descendants après lui aussi longtemps que le terrain n’a pas été offert en don religieux ou waqf. Les tombes du mirbad étaient vieilles et leurs marques effacées, il n’y avait plus de sang ou de matières en décomposition, cependant le lieu où les restes des corps étaient supposés être a tout de même été retiré.
- Même si le prophète n’a pas renforcé les constructions de la mosquée, cela n’a pas empêché ses successeurs de le faire, le fait qu’il ne l’ait pas fait ne prouve pas que cela soit interdit. Il est donc permis de renforcer ou de reconstruire une mosquée.

- Par contre, l’embellissement et les inscriptions des mosquées sont désapprouvés par la majorité des savants et interdites par certains surtout s’il s’agit de l’argent du waqf. Si c’est de l’argent qui appartient à celui qui a construit la mosquée (privé), on ne peut pas objecter même si cela reste réprouvé. C’est l’avis de l’école de jurisprudence shaféite, car les inscriptions pourraient causer la distraction des prieurs. La mosquée est un lieu de culte où le prieur doit pouvoir s’éloigner des mondanités de la vie et des tentations. Al Baghawi dit qu’il faut mettre une taxe à celui qui le fait avec l'argent du waqf. L’école de jurisprudence hanafite et d’autres le permettent cependant si cela est requis pour le bien de la communauté.
On remarque donc qu’il est d’un côté louable de consolider une mosquée, mais détestable de l’embellir.

- En ce qui concerne le fait d’écrire un verset du saint coran ou une partie d’un verset sur le mur de la mosquée qui fait face à la qiblah, il y a un désaccord entre les savants pour savoir si ce type d’inscription fait parti des inscriptions prohibées en islam. Al Zarqashi dans son livre I’lam al sajid, dit qu’il est détestable d’écrire un verset ou une partie dans la qiblah de la mosquée. Cependant cette pratique est permise par certains savants comme Malik qui a dit que cela est acceptable étant donné qu’Othman l’avait fait dans la mosquée du prophète et n’avait pas été critiqué pour cela. 

Bouti conclue sur ce point en disant que l’erreur commise de nos jours est donc l’excès et l’extravagance des décors des mosquées. Résultat, les pauvres n’y trouvent plus leur place, ce n’est plus un lieu de refuge face aux désirs terrestres, ce n’est plus un lieu où les gens peuvent se renforcer spirituellement en dépit de l’ostentation du monde. L’apparence actuelle des mosquées rappelle à ces pauvres la misère dans laquelle ils vivent et les plaisirs terrestres dont ils ont été privés.
Bouti pense que cette préoccupation des apparences est une grave erreur, elle montre le désir et les inclinaisons mondaines auxquels les croyants ont succombé et qui sont une dérive dans la religion.

2. La fraternité et le pacte liant les Muhadjirins aux Ansars
La communauté musulmane n’est pas un groupe d’individus dont le but est de vivre de n’importe quelle manière, n’importe où du moment où ils trouvent de quoi se nourrir et se distraire. Au contraire, les musulmans possèdent une idéologie qui établie leur relation avec Allah, clarifie leur vision de la vie, organise leurs affaires suivant des schémas précis et pour des buts bien définis.

Il existe une grande différence entre celui qui vous explique que sa seule préoccupation sur cette terre est de profiter de sa vie et celui qui dit que s’il ne protège pas son honneur et ses droits, ne plaît pas à Allah et ne se fâche pas pour Sa cause, alors il préfère que ses jambes et ses yeux ne le guident pas.

Les émigrants vers Médine n’ont pas abandonné leur patrie (la Mecque) ni pour l’amour des biens matériels, ni pour celui de la domination. Quant aux musulmans de Médine qui les ont accueillis, ces derniers n’ont pas essayé de vivre une vie tranquille puisqu’ils ont du affronter l’inimité de leurs concitoyens et sont devenus une cible pour les arabes de la région.

Ils avaient tous le désir d’être guidé par la révélation, de gagner le contentement d’Allah et de réaliser le but ultime pour lequel l’homme a été créé et pour lequel la vie a été établie.

C’est pourquoi dès son arrivée à Médine, le prophète dirigea toute son attention à l’établissement des fondations de la religion qui étaient une nécessité pour l’accomplissement de sa mission.
Le prophète prépara un pacte entre les Muhadjirins et les Ansars afin de balayer toutes les inimités hérités de la djahiliyah.

Les juifs et les idolâtres de Médine observèrent ce nouveau prophète travaillant avec ses compagnons pour construire une mosquée et la préparer pour les prières : mais constatèrent-ils seulement un seul comportement questionnable ou un acte menaçant de leur part?

Les relations qui unissaient les membres de la communauté étaient fondées sur une parfaite concorde. C’était une fraternité où le mot « je » n’existait pas et où les individus agissaient dans l’esprit, l’intérêt et les espoirs du groupe, incapables de se considérer comme des individus différents des autres.
Cette fraternité signifie que les préjugés raciaux de la Jahiliyyah  devaient disparaître et que chacun devait montrer de l’enthousiasme uniquement pour l’islam, et donc que les distinctions de couleur de peau et de nationalité devaient disparaître, et que personne ne devait être placé au dessus des autres que pour sa piété et sa bravoure.
Le prophète a fait en sorte que cette fraternité ne se limite pas à de veines paroles sans effets concrets, mais il les a liées aux biens et au sang. En effet, le prophète institua que les règles de l’héritage devaient être basés sur la foi et la fraternité islamique plutôt que sur les relations familiales. Et cela dura jusqu’à la bataille de Badr où Dieu changea la règle de l’héritage verset 75, sourate 8 :

« Et ceux qui après cela ont cru et émigré et lutté en votre compagnie, ceux-là sont des vôtres. Cependant ceux qui sont liés par la parenté ont priorité les uns envers les autres, d'après le Livre d'Allah. Certes, Allah est Omniscient. »

Al Bukhari explique que lorsque les Mudjahirins vinrent à Médine, ils avaient plus de droits à hériter des Médinois que la famille de ces derniers, et cela est du aux liens fraternels que le prophète avait lié entre eux. Afin que la fraternité ne soit pas juste un slogan, l’héritage était basé sur la fraternité.
La sagesse de l’abolition de cette loi fut que désormais les croyants ne pourraient pas hériter d’une personne appartenant à une autre religion, ni donner son héritage à un non musulman.

Durant la période de l’hégire les Mudjahirins et les Ansars devaient s’entraider et se soutenir mutuellement, car les Mudjahirins avaient tout perdu (maison, biens, famille…) lors de leur émigration. Lorsque les émigrants furent correctement installé à Médine et l’islam implanté de manière solide dans les esprits des membres de sa communauté, le temps fut venu de mettre fin à cette union et donc à la loi sur l’héritage. Surtout que l’esprit de fraternité islamique était devenu naturel et que la communauté ne craignait plus la dissolution. Enfin, les relations qui unissaient désormais les membres d’une famille étaient purement islamiques.

Les sentiments d’altruisme, de bienfaisance et d’amour faisaient partie intégrante de cette fraternité et ils donnaient à la société les meilleurs modèles et institutions.
Les Ansars étaient si enthousiastes d’accueillir leurs frères les Muhadjirins, que beaucoup avaient du être tirés au sort. Les Muhadjirins quant à eux respectèrent les sacrifices faits par les Ansars sans jamais les exploiter, ni en prendre plus qu’ils ne leur étaient nécessaire pour vivre dignement et être indépendant financièrement.

Le Messager était le plus éminent des frères de ce groupe, mais il n’a pas essayé pour autant de se différencier des autres par des titres honorifiques.
La véritable fraternité ne grandit pas dans un environnement mesquin. Là où l’ignorance, la lâcheté, l’avarice et l’avidité prévalent la fraternité n’apparaîtra pas et l’amour ne prospèrera pas. Si les compagnons n’avaient pas été unis par ces nobles principes, le monde n’aurait pas relaté leur profonde union pour la cause de Dieu.

Les idéaux élevés qui les ont unis et l’exemple éclatant qui les a guidés étaient les deux éléments qui nourrirent en eux les qualités de vertu, d’honneur et n’ont laissé aucune place aux mauvaises valeurs.
Le prophète accumulait en lui toutes les vertus et il possédait un caractère admirable, il est le modèle de la perfection que l’homme puisse atteindre en terme de mœurs. Sa beauté caractérielle et tous ses mérites lui étaient aussi propices pour attirer les cœurs et l’adhésion des âmes. Certains compagnons aimaient tellement le prophète qu'ils se sentaient tristes de ne pas le voir. Le prophète a justement dit :

"L'homme sera avec celui qu'il aime"

Cela se rapporte à l'amour que l'on porte à une personne exemplaire et pas à l'amour du luxe. Quand une personne en aime une autre qui a les mêmes qualités que lui ou qui en a des meilleures, la base de cet amour est que leur coeur est receptif de façon innée aux nobles qualités dont ils ont été dotés par Dieu. Par conséquent, il n’est pas étonnant que ceux qui étaient les plus proches du prophète furent aussi ceux qui profitèrent d’un entraînement privilégié et vécurent tout en étant caractérisés par leur bravoure, leur fidélité et leur générosité.

Les croyants à cette époque blanchissait celui ou celle qui se convertissait à l'islam de tout péché et de tout tord commis dans le passé même contre la communauté. Il était considéré comme une personne noble et un membre respectable de la communauté, ses péchés passés étaient pardonnés, il était alors en mesure de prendre un nouveau départ et de commencer sa nouvelle vie avec de bons actes.

Les croyants luttaient contre la haine de leurs ennemis pour l'agréement de Dieu, passaient nuit et jour à L'adorer, et s'étaient résignés à deux alternatives : à vivre pour Lui ou à mourir pour Sa cause.

L'augmentation de la foi d'une idée intellectuelle vers un sentiment du coeur, le faisant palpiter de sincérité et de certitude est une partie intégrante de la sunnah. C'est le fondement des nobles vertus détenues par les croyants. C'est ce que signifie ce hadith :

"Trois choses, lorsqu'on les possède, font savourer la douceur de la foi : d'abord d'aimer Allah et son Envoyé plus que tous les autres êtres ; en second lieu, si l'on aime quelqu'un de l'aimer seulement en vue de Dieu ; enfin qu'il lui répugne de retourner à la mécréance, après que Dieu l'en a sauvé, comme il lui répugne de se voir jeté au feu."

A propos des qualités morales du prophète il a été rapporté :

L’Envoyé de Dieu était constamment souriant et affable, de caractère docile, agréable à fréquenter, sans être grossier, vulgaire, obscène, criard, diffamateur ou flatteur. Il fermait les yeux sur ce qu’il n’aimait pas et ne faisait pas désespérer ceux qui cherchaient conseil à ses côtés. Il a évité trois choses: la duplicité, le fait de multiplier les paroles et le fait de s’occuper de ce qui ne le concernait pas. Il s’était départi de trois choses à l’égard des gens: Il ne blâmait et ne raillait personne, ne scrutait pas les défaillances et ne parlait qu’en vue du bien et de la récompense future. Lorsqu’il se mettait à parler, ceux qui formaient son auditoire baissaient la tête et restaient immobiles et silencieux. Ils ne prenaient la parole que lorsqu’ils gardaient le silence, sans se disputer en sa présence. Il écoutait attentivement jusqu’à la fin celui qui parlait en sa présence. Leur conversation gardait l’empreinte de celui qui l’a commencée. II riait de ce qui les faisait rire et s’étonnait de ce qui provoquait leur étonnement. Il patientait devant l’hostilité du ton de l’étranger et disait: Lorsque vous voyez celui qui recherche son argument, soutenez-le. Il ne recherchait le compliment que de Celui qui récompense et ne coupait la parole à personne jusqu’à ce qu’il estime son discours achevé, soit en cessant de parler, soit en se levant."

A propos de sa manière de parler :

L'Envoyé de Dieu était constamment triste et absorbé par la réflexion et la méditation sans connaître le moindre répit. Il ne parlait que par nécessité et gardait longuement le silence. Il commençait et terminait ses phrases en usant de paroles globales et tranchantes, sans affectation ni insuffisance. Affable, il n’était ni grossier, ni offensant. Il estimait le bienfait même s’il était minime et ne discréditait rien. Il ne blâmait, ni ne louait aucun goût. Rien ne pouvait faire face à sa colère lorsqu’il était question de droit et de vérité jusqu’à ce qu’il les fasse triompher. Il ne s’emportait pas pour lui-même et ne cherchait pas à obtenir gain de cause. Lorsqu’il faisait un signe, son geste était complet. Lorsqu’il s’étonnait, il retournait sa main et lorsqu’il jurait, il touchait sa paume gauche avec on pouce droit. Lorsqu’il se mettait en colère, il tournait le visage et lorsqu’il se réjouissait, il baissait le regard. Son rire était essentiellement un sourire qui dégageait des dents éclatantes comme les grains blanchâtres des nuages."

Même son silence était instructif :

" Il gardait le silence en vertu de quatre choses: par mansuétude, par vigilance, par considération et par réflexion. S’agissant de sa considération, elle portait sur la justesse de l’examen et l’écoute des gens. Quant à sa réflexion, elle portait sur ce qui est contingent et ce qui est impérissable. La mansuétude a été concentrée pour lui dans la patience. Ainsi, aucune chose qui le provoquait n’arrivait à déclencher sa colère. De même, la vigilance a été réduite pour lui dans quatre choses: Son adoption de ce qui est bon pour qu’on se conforme à lui, son abandon de ce qui est mauvais et laid pour qu’on cesse de le faire, le recours à l’opinion pour tout ce qui améliore sa Communauté et le fait de s’occuper d’elle pour tout ce qui porte sur les affaires du bas monde et de la vie future. "
Voici encore quelques paroles du prophète données en conseils aux croyants et qui illustrent bien ce qui vient d’être dit :

« Le musulman est celui dont la langue et la main ne nuisent pas aux autres musulmans »

« Aucun de vous ne croit vraiment que s’il aime pour ses frères ce qu’il aime pour lui-même »

« Les croyants sont comme un édifice dont les éléments se soutiennent et se consolident les uns les autres. »

« Ayez pitié de ceux qui sont sur terre et Allah vous prendra en pitié »

« Tout musulman qui en habille un autre en état de nudité se verra habiller par Allah au moyen de la verdure du paradis. Tout musulman qui en a nourrit un autre sous l’effet de la faim, se verra nourrir par Allah au moyen des fruits du paradis. Tout musulman qui en désaltère un autre sous l’effet de la soif, se verra désaltéré par Allah au moyen du délicat nectar soigneusement conservé »

C’est ainsi que le prophète leur donna les idéaux les plus sublimes et parfaits.

Cependant, la fraternité doit être précédée par une doctrine au sein d’une foi partagée. L’esprit de fraternité ne peut régner entre deux individus qui partagent des valeurs opposées surtout si la doctrine en question implique d’adopter une conduite dans les affaires journalières. C’est pourquoi le prophète insista sur le fait que les valeurs fraternelles unissant les compagnons étaient la doctrine de l’islam qu’il avait apporté de Dieu.

3. Les relations avec les non musulmans
En ce qui concerne les lois régissant les relations entre la communauté musulmane et les non musulmans le prophète a instauré des lois prônant la tolérance et l’indulgence  ce qui n’avait jamais été institué dans un monde régit par le racisme et dominé par les préjudices. Celui qui croit que l’islam est une religion qui ne se satisfait que lorsqu’elle domine le monde et qui n’accepte pas d’avoir des voisins d’une autre religion est dans l’erreur ou injuste.

Souvent, les nouveaux convertis et ceux qui commencent à s’impliquer dans la religion ont des convictions étroites (dont certains essayent de profiter), croyant respecter la Loi et bien faire,  ils n’hésitent pas à sermonner violemment à tord et à travers et même à faire sortir de la communauté les uns et les autres, même pour des sujets polémiques ou à divergence d’opinions, il faut préciser que cela est du à l’état de la communauté, à la multitude des dérives et nouveautés blâmables où ils craignent de tomber, leur volonté de plaire à Dieu et de lui obéir n’est malgré tout pas très souple, mais après une certaine période où ils ont pu étudier les sciences de la religion et surtout observé l’attitude miséricordieuse du prophète et la qualité de cœur de ses compagnons, ils se rendent compte qu’ils sont dans l’erreur dans leur manière d’agir et que l’islam est certes une religion de justice, qu’il faut respecter la Loi de Dieu, mais qu’elle est aussi et surtout une religion de patience, de miséricorde et d’amour. Comme le prophète l’a dit :

« La douceur n'est pas dans une chose, sans qu'elle ne l'embellisse et elle n'est pas retirée d'une chose, sans qu'elle ne la rende désagréable ».
Rapporté par Muslim

« Assurément Allah est Doux et Il aime la Douceur et Il donne par elle ce qu'Il n'accordera pas pour l'usage de la violence. »
Rapporté par Ahmad

« Assurément Allah Exalté Soit-Il aime la douceur dans toute chose. »
Rapporté par Al-Bukhari

Et justement quand le prophète est venu à Médine, il y a trouvé des juifs originaires de la ville. Il n’a pas commencé par établir une stratégie pour les en faire sortir, ni leur déclarer la guerre. Au contraire, il a accepté la présence des juifs et de bon cœur les a considéré ses égaux du moment où ils le laissaient suivre sa religion, il les laissait suivre la leur.

Pour preuve, voyons quelques unes des clauses du pacte qui avait été signé entre eux à ce propos :

Il ne faut pas que qui que ce soit de Médine donne asile aux ennemis, tous les habitants de Médine doivent participer aux dépenses en cas de guerre, les juifs de Banu Awf ont le droit de conserver leur religion tout comme les musulmans et les juifs de Banu Najjar, al Hartih , Sai’dah, Jasham doivent avoir les mêmes droits. Les juifs ont leur propre système économique et les musulmans le leur. Entre eux, ils doivent être sincères, se conseiller les uns les autres avec gentillesse. Il faudra toujours assister celui qui subit des préjudices peut importe son rang. Et celui à qui l’asile est donné doit être considéré comme sa propre personne aussi longtemps qu’il n’y a pas de dommage et de péché commis. Ils doivent s’entraider en cas d’attaque surprise de Médine. Celui qui veut partir est libre de le faire et celui qui veut rester aussi sans subir aucun préjudice à condition qu’il ne commette pas des péchés ou opprime les autres…

Ce document montre que les musulmans avaient la volonté de coopérer sincèrement avec les juifs de Médine afin d’y installer la paix et une atmosphère de tranquillité peut importe la religion et le rang des uns et des autres. Il est d’ailleurs clairement établit dans ce pacte que la liberté de religion est garantie. Il n’y avait pas le moindre sous entendu qui impliquerait d’attaquer un groupe, ou d’oppresser une personne faible. Au contraire, le document insistait sur le fait d’assister les opprimés, de donner refuge et protection aux demandeurs d’asile.
Ce n’est pas le cas des idolâtres de la Mecque, mais comment cela aurait-il pu en être autrement alors qu’ils leur avaient tous pris leurs biens.

Quand les juifs ont accepté ce traité ils n’ont pas été sincères, car ils ne cherchaient que leur propre bénéfice. Aussi après avoir constaté que cela n’adhérait pas à leurs ambitions, ils le rejetèrent.
Les juifs avaient basé leur pouvoir politique et matériel sur la désunion des arabes, avec la venue de l’islam les divergences entre arabes disparurent et les juifs commencèrent à se sentir mal à l’aise et anxieux. Ils commencèrent alors à comploter contre cette nouvelle religion et leurs adhérents.
Ils étaient envieux, hypocrites et avaient des esprits fourbes comme nous le verront.
Ils avaient hérité de la générosité et de la bravoure des arabes, mais leur désir de prédominer racialement ne s’effaçait pas de leur cœur et rejaillissait toujours. Les musulmans constatèrent rapidement que les juifs trichaient avec eux et rompaient par conséquent le pacte.

Il faut rappeler aussi que d’après le pacte si un musulman décide de prendre une personne sous sa protection, personne ne peut violer cet arrangement fut-ce t-il le dirigeant. Et les quatre écoles s’accordent pour dire que c’est la même loi qui s’applique à la femme, (il y a bien sûr des règlements: il ne faut pas que cela constitue un danger pour les croyants ou que la personne à qui on donne asile soit un espion. La période d’asile ne peut en outre pas dépasser quatre mois.) Il est connu que le jour de la conquête de la Mecque, Um Hani, la fille d’Abu Taleb est venue se plaindre au prophète du fait qu’Ali voulait tuer un homme qu’elle avait pris sous sa protection, le prophète répondit que celui à qui elle avait donné sa parole de le protéger, ils devaient eux aussi le protéger. On peut souligner en outre à ce sujet le progrès atteint en ce qui concerne la condition des femmes.

Il est important de souligner que les croyants en cas de conflits ou de problèmes doivent chercher la solution dans le coran et la sunna. S’il cherche une solution ailleurs que dans leur religion, ils deviendront injustes, s’exposeront à la misère sur cette terre et à la punition de Dieu dans l’autre monde.

 

Pendant cette période l'aumône légale et le jeûne furent instaurés, la frontière de la contrée musulmane fut dessinée. Lorsque la prière devint obligatoire elle était de deux rakat, Aïsha rapporte qu'elle passa à quatre rakat à Médine sauf pour les voyageurs pour qui elle resta identique avec deux rakat. Peu à peu donc la législation islamique s'instaura.

Tout cela permit à l’islam de s’implanter fermement pour être ensuite dispersé vers tous les points du globe offrant à l’humanité la meilleure voie à suivre.

Les prochains chapitres traiteront de la guerre défensive in cha' Allah.

Que la paix et les bénédictions d'Allah soient sur le prophète Mohammad, celui qui a tenu sa promesse, le confident. Ô Allah nous ne savons que ce que Tu nous as appris, c’est Toi qui détiens la science. Ô Allah apprend nous ce qui nous apportera du bien et fais nous profiter du bien de ce que Tu nous as appris et augmente nos connaissances. Et embelli le bien à nos yeux et aide nous à le suivre. Et enlaidi le mal à nos yeux et aide nous à nous en détourner. Et mets nous parmi ceux qui écoutent la parole et suivent les meilleures d’entre elles. Et fais de nous tes bons adorateurs par Ta miséricorde.

Gloire à Toi Seigneur, que Tes louanges soient célébrées, j'atteste qu'il n'y a de divinité que Toi, j'implore Ton pardon et je reviens vers Toi repentante.

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