Au nom d’Allah le Clément, le Miséricordieux, Louanges à Allah.

 

l'instruction de l'imam Schafei...

 

Rappel de quelques mots de vocabulaire :

Fuqaha : faqîh (pl. fuqahâ) : savant, âlim en fıqh.
Madhhab : écoles juridico-islamiques.
Ijtihad : Le Ijtihad consiste à ce que le docte du Fiqh fasse de son mieux en étudiant les preuves pour pouvoir accéder à la présomption ou la certitude que le jugement d’Allah sur la question est ceci ou cela ; cf. Mudzakiratou Oussouloul Fiqh, Cheikh Al Chinqîty, p 311.
Ahadith : hadith (pl. ahadith) : est un terme arabe qui désigne des paroles ou actes de Mohamed () considérés comme des exemples à suivre par les musulmans.
Mujtahid : grand savant capable de faire l’idjtihad, il prononce une interprétation personnelle (ijtihâd) sur un point de droit dans l'islam.

al-mujtahid al-mutlaq : capable de faire se rapprocher des textes divergents et en tirer la synthèse, élaborer les principes juridiques sans référence à une école particulière (madhhab). Ces compétences sont considérées comme exceptionnelles et rarissimes.

al-mujtahid al-mutlaq al-muntasib : le même mais dans le cadre d'une école interprétative (madhhab).

al-mujtahid fil-madh'hab : dans le cadre d'une école interprétative, capable d'élaborer des réponses juridiques sur des questions nouvelles.

Que faire si un précepte particulier de l'Imam Shafé'i rahimahullah contredit une parole authentique du prophète ? Peut-on l'appliquer par soi-même dans la mesure où l'Imam Shafé'i  a dit :

" Si je dis quelque chose, alors comparez-le au livre d'Allah et à la Sunnah de son Messager, si cela est en accord avec eux alors acceptez le et si cela va à leur encontre, alors rejetez-le et jetez ma déclaration contre le mur." C'est une déclaration de Shaafi rahimahullah. Voir Al-Majmoo d'an-Nawawee (1/63).

Il existe une tendance au sein de la communauté islamique qui est à la fois bienvenue et inquiétante. Elle est bienvenue parce qu'elle indique la présence d'une aspiration à vivre aussi proche que possible des enseignements contenus dans le Qur'an et la Sunnah; mais elle est inquiétante parce qu'elle simplifie démesurément des sujets dont la complexité est considérable, et en conséquence, elle développe la mauvaise habitude d'outrepasser les limites dans les jugements religieux chez des gens qui sont à vrai dire, largement incompétents pour accomplir cette tâche.

 

L'instruction du madhab Shafé'i

L'instruction de l'imam Shaféi d'abandonner son jugement en faveur d'un hadith authentique a toujours été une question de fierté pour les fuqaha de ce madhhab, car bien que des narrations semblables aient été relatées chez les autres imams, ce fut parmi les fuqaha de Shafé'i  plus que chez n'importe quel autre, que cet enseignement fut mis en pratique.
Cependant, il faut bien comprendre que cette instruction de l'imam Shaféi était conditionnée par un certain nombre de paramètres.
Dans son livre al-Majmu‘ Sharh al-Muhadhdhab, l'Imam Al-Nawawi nous donne ces paramètres :

"Ce qu'Al-Shafé'i  énonce ici ne signifie pas que n'importe qu'elle personne voyant un hadith authentique puisse dire, "C'est l'avis personnel d'Al-Shafé'i " et par conséquent appliquer le sens apparent (du hadith). (C'est-à-dire expliquer et appliquer le hadith selon notre avis personnel parce que Shaféi a dit que l'on doit rejeter son avis s'il est contraire à un hadith authentique.) Cela est uniquement réservé à ceux qui possèdent la capacité de l'ijtihad dans le madhhab… ou quelque chose proche de cela.
[En plus] cela est soumis à la condition que la personne en question soit raisonnablement convaincue qu'Al-Shafé'i  n'était pas au courant de ce hadith, ou ne savait pas qu'il était authentique. Ce [niveau de connaissance] peut seulement être [acquis] après avoir lu attentivement tous les travaux d'Al-Shafé'i ; une quantité semblable des travaux de ses fidèles étudiants, et d'autres travaux semblables. C'est donc une condition difficile à remplir, et peu sont ceux qui la remplissent. La condition que nous venons de mentionner a été stipulée uniquement parce qu'[il est connu que] 'Al-Shafé'i  a renoncé à utiliser (pour émettre des jugements) beaucoup d'ahadith qu'il avait vu et connu, parce qu'il avait eu les preuves lui indiquant que ces ahadith avaient été, d'une façon ou d'une autre, contestés, abrogés, particularisés, ou sujet à des interprétations."
Un des paramètres les plus évidents est que le hadith sur la base duquel une personne décide d'abandonner le point de vue de l'imam Shaféi doit être authentique.
Un autre paramètre consiste à ce que la personne qui abandonne la vue du madhhab en faveur du hadith authentique doit au moins être qualifiée pour agir de la sorte. Il n'est ici aucunement notre intention d'empêcher qui que ce soit d'appliquer un hadith authentique, à partir du moment où il est personnellement qualifié pour agir de la sorte ou s'il s'en remet simplement à l'opinion d'un savant lui-même convenablement qualifié.

Laisser les limites du madhhab

Il y aura inévitablement des cas où les disciples d'un madhhab particulier se trouveront confronté à des ahadith auquel leur madhhab "apparemment" ne se conforme pas. Que doit-on faire dans de tels cas? La personne devrait-elle abandonner sommairement l'enseignement du madhhab en faveur du hadith ? Ou devrait-elle restée fidèlement attachée à son madhab et ignorer le hadith?
Aucune de ces deux approches n'est exempte de résultats indésirables. Les fuqaha de nos madhhab ont donc résolu le problème d'une façon très ingénieuse qui permet à la fois de répondre, au précieux désir de ceux qui veulent pratiquer à partir des hadiths et à l'appréhension d'aboutir à un fiqh chaotique. Dans son introduction à Al-Majmu (vol. 1 P. 136) Al-Nawawi nous fournit les directives suivantes :

" N'importe quel musulman suivant la jurisprudence shaféite trouvant un hadith allant à l'encontre son madhhab devrait examiner le problème [comme suit] : S'il possède les conditions complètes pour pratiquer l'ijtihad sans restriction, ou dans ce chapitre, ou [même] pour ce point [seulement], il peut appliquer le hadith d'une manière personnel. S'il ne possède pas ces qualifications et trouve difficile d'aller à l'encontre du hadith, et que sa recherche d'une explication valide du hadith [à l'intérieur de son madhhab : élèves…] ne lui fournit pas une solution convaincante, alors il peut pratiquer suivant le hadith à la condition, qu'un autre mujtahid autre qu'Al-Shafé'i  l'ait appliqué. Ce sera alors un prétexte valide pour qu'il laisse le madhhab de son imam."

(Dans tous les cas, il faut se référer à l'avis d'un savant qualifié)

L'idée derrière le fait de suivre un madhahb n'est pas de transformer des personnes en prisonniers de leur madhahib, mais plutôt de leur faciliter l'application du Qur'an et de la Sunnah. Aucun madhhab n'a jamais prétendu être un remplacement au Qur'an et à la Sunnah, il ne pourra jamais l'être. Le service qu'un madhhab rend aux croyants est celui d'une approche systématique des sources de notre loi, accompagné de l'apport des élèves dans la continuité, génération après génération, qui sont les meilleurs esprits, les plus purs et les plus capables. Et même si, dans certains cas le disciple d'un madhhab trouve difficile d'agir contrairement à la signification apparente d'un hadith sur lequel il est tombé. Techniquement parlant, tout ce qui est exigé d'une personne pour faire face à une telle situation est que sa pratique soit basée sur l'ijtihad d'un mujtahid valide.

Mais au delà de l'aspect technique, il existe aussi l'importance de la conduite et de l'étiquette. Quand la situation justifie le délaissement de son propre maddhab et que toutes les conditions sont remplies, ceci ne signifie pas qu'on ait alors la permission de se livrer au dénigrement de l'imam d'un madhhab dont on s'est écarté sur un point particulier. On ne doit jamais oublier au combien notre minuscule pseudo-perspicacité est à des années lumières de la connaissance possédée par ces parangons de savoir et de vertu. Toute personne consciente de ses propres insuffisances ne se rabaissera jamais à employer un langage irrespectueux envers les imams mujtahid de la Ummah.

Le véritable Shafé'i ou Hanafi est, donc, non seulement celui qui est disposé à abandonner les avis d'Abu Hanifah et d'Al-Shafé'i  quand il les perçoit être en contradiction apparente au hadith (-la meilleure chose étant de toujours se référer à l'avis d'un savant qualifié). Mais, à un niveau plus profond, c'est celui qui est capable de diverger avec la position d'une autre personne sans glisser dans l'égotisme et le dénigrement.

 

Que la paix et les bénédictions d'Allah soient sur le prophète Mohammad, celui qui a tenu sa promesse, le confident. Ô Allah nous ne savons que ce que Tu nous as appris, c’est Toi qui détiens la science. Ô Allah apprend nous ce qui nous apportera du bien et fais nous profiter du bien de ce que Tu nous as appris et augmente nos connaissances. Et embelli le bien à nos yeux et aide nous à le suivre. Et enlaidi le mal à nos yeux et aide nous à nous en détourner. Et mets nous parmi ceux qui écoutent la parole et suivent les meilleures d’entre elles. Et fais de nous tes bons adorateurs par Ta miséricorde.

Gloire à Toi Seigneur, que Tes louanges soient célébrées, j'atteste qu'il n'y a de divinité que Toi, j'implore Ton pardon et je reviens vers Toi repentante.